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Colonel Sun (1968) - Robert Markham

"James Bond, abordant le dix-huitième trou du parcours de golf de Sunningdale, savourait la paix d'un après-midi anglais ensoleillé du début de septembre. Il venait de placer sa balle en droite ligne à deux cent cinquante mètres, un coup qui avait exigé de lui un effort de tous ses muscles, sans qu'il éprouvât le moindre soupçon de douleur dans la région où, l'été passé, la balle de derringer de Scaramanga lui avait déchiré l'abdomen".

Robert Markham est un pseudonyme derrière lequel nous trouvons Kingsley Amis et Colonel Sun n'est pas sa première incursion dans l'univers littéraire de James Bond. En effet, Glidrose publications, la société qui avait en charge la protection et la gestion des œuvres de Ian Fleming, lui avait déjà confié la finalisation de The man with the golden gun. Le créateur de 007 était décédé avant d'avoir pu apporter les dernières corrections à son ultime roman. Toujours avant Colonel Sun, Kingsley Amis avait également rédigé The James Bond dossier paru en 1965. Il s'agit d'une étude du personnage de l'espion anglais, je ne l'ai pas lu.

Colonel Sun est donc le premier roman mettant en scène l'agent secret de Ian Fleming après sa mort. Qu'en penser ? Espérer retrouver le style de Fleming chez un autre est vain. Ma réflexion était identique dans mon article au sujet de Solo, les dernières aventures sur papier de James Bond sorties l'an dernier ; mais concernant Colonel Sun, son principal problème est que c'est assez mauvais.

Pourtant, le point de départ, l'enlèvement de M, est plutôt alléchant mais je n'ai pas eu l'impression que l'auteur développait des enjeux à la hauteur de ce qu'il avait imaginé. Ian Fleming avait fait du chef des services secrets britanniques une figure paternelle pour Bond alors qu'ici, l'espion semble se lancer à sa recherche sans grande implication émotionnelle. Il ne s'agit pas de réclamer des digressions quant à un quelconque trauma mais les relations M/James Bond ne se limitent pas à de neutres échanges supérieur/subordonné. J'ai par exemple encore en tête ce moment où M confie à 007 une mission qui n'a rien d'officielle, celle de venger la mort d'un couple d'amis, les Havelock, au début de la nouvelle For your eyes only. Je pense aussi à The man with the golden gun où M est certain d'envoyer James Bond à la mort en lui confiant pour mission l'élimination de Francisco Scaramanga.

J'aurais aussi apprécié lire quelques impressions personnelles de la part de l'agent du GRU Ariane Alexandrou au contact de James Bond. Ian Fleming savait faire preuve d'intelligence dans la description des perceptions féminines et Colonel Sun aurait gagné en intensité si Amis avait apporté des améliorations en ce sens. Les sentiments amicaux avaient aussi leur place et on ne peut que regretter que les liens entre Litsas, l'ancien compagnon d'arme du père d'Ariane, et Bond ne fasse pas plus l'objet de développements.

En fait, tout reste en surface dans ce livre, même en ce qui concerne la confrontation avec les ennemis et lorsque Amis développe des intéractions entre Bond et Sun, il tombe dans la caricature. Il est par conséquent impossible de se passionner pour l'intrigue et bien que l'ensemble soit assez court, j'aspirais à atteindre la fin tellement l'intérêt de ce Colonel Sun est faible ; mais je n'aime pas ne pas connaître l'issue d'un récit aussi raté soit-il.

J'affirmais en début d'article qu'il était vain d'espérer retrouver le style de Ian Fleming et dans les lignes précédentes, je n'ai en réalité fait que le regretter. Le créateur de James Bond est certainement indépassable (N'est-ce-pas, Jacques ?).

Il faut hélas se rendre à l'évidence, malgré la pérennité de son personnage, Ian Fleming est bel et bien mort le 12 août 1964.

Commentaires

  1. Que pourrais-je ajouter ? Vous avez tout dit en la matière. Disons que Colonel Sun est la première tentative (désespérée ?) de faire vivre Bond après Fleming et qu'elle vaut pour cela. Le choix de cet auteur était à l'époque évident. Cependant, dès le début, donc, la continuation de Bond est impossible et la preuve en est donnée par ce bref roman.

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