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Live and let die (1973) - Guy Hamilton


Comment du roman noir et violent de Ian Fleming a t-on pu en extraire un film aussi ringard et minable ? Qu'a t-il bien pu se passer dans la tête des scénaristes et des producteurs pour en faire un ersatz de la blaxploitation, ce sous-genre en vogue à l'époque mais tellement éloigné du monde de James Bond ?

A la limite, si la mise en scène et le montage avaient été de qualité, le spectateur aurait pu apprécier le spectacle mais c'est loin d'être le cas. On remarque d'abord l'abandon du format 2,35:1 pour le 1,37:1 nettement moins impressionnant et qui n'était pourtant plus utilisé depuis Thunderball. Après un prégénérique plutôt macabre et intrigant (on assiste à l'assassinat de trois personnes dans trois lieux différents) et un générique où prédominent flammes et têtes de mort sur fonds de demoiselles dénudées, on assiste à une scène relevant du vaudeville et certainement pas de l'univers de 007 ; et encore moins de Ian Fleming. M et Miss Moneypenny débarquent chez James Bond en pleine nuit alors qu'il est au lit avec une jolie brune. Il s'avèrera qu'il s'agit d'une espionne italienne que les services secrets transalpins recherchent car sans nouvelles d'elle. Et bien voilà, elle est dans le lit de James Bond. Le héros la cachera aux yeux de M dans un placard... avec la complicité de Miss Moneypenny. On croit rêver.

Roger Moore, dont c'est la première apparition dans le rôle de James Bond, hésite constamment, entre marcher sur les traces de son prédécesseur et livrer une interprétation plus décontractée du personnage. De ce fait, le fonctionnement et la personnalité de l'espion anglais paraissent déséquilibrés ; et c'est l'ensemble du film lui-même qui le devient.

Le livre de Ian Fleming a été remodelé pour être plus grand public. Ainsi, Mister Big (Yaphet Kotto) n'est plus ce criminel qui finance des opérations de l'URSS grâce à un trésor découvert en Jamaïque et attribué au pirate Henry Morgan. Il est secondé par un Tee Hee (Julius W. Harris) affublé d'un ridicule bras mécanique. Adieu aussi la mutilation de Felix Leiter (David Hedison qui reprendra le rôle 15 ans plus tard dans Licence to kill) par un requin. En échange, nous avons droit à une banale histoire de trafic d'héroïne, des cimetières en carton-pâte, du vaudou grand guignol, une interminable poursuite en hors-bord, un insupportable Sherif J. W Pepper (Clifton James qui jouera un rôle similaire dans Superman II c'est dire...), une Jane Seymour dans le rôle de Solitaire qui surjoue constamment, une interminable poursuite en hors-bord, un Quarrel Jr (Roy Stewart), histoire de faire croire à une quelconque continuité (Quarrel étant un allié providentiel de James Bond dans Dr No) alors qu'il n'y en a quasiment plus et encore une longue liste d'éléments consternants dont le point d'orgue est la mort de l'ennemi qui explose tel un ballon de baudruche sans aucune effusion de sang et de chair.

Seules la musique funky disco de George Martin et la chanson titre de Paul McCartney sont à sauver de ce marasme. Mais James Bond ne déclarait-il pas à Jill Masterson dans Goldfinger : "My dear, some things just aren't done. Such as drinking Dom Perignon 53 above a temperature of 38° fahrenheit. That's as bad as listening to the Beatles without earmuffs" ? La participation du producteur des Beatles et de leur leader à la bande originale est bien significatif de l'évolution pop que prennent les films de James Bond, une évolution déjà amorcée avec Diamonds are forever.

Sinon, comme pour les précédents blu-ray, l'image est très belle, jamais je n'avais vu Live and let die avec une telle netteté.


Commentaires

  1. Je ne parviens pas à me rappeler quelles furent mes impressions lorsque je vis ce navet, à l'époque. De toute façon, je faisais partie de ceux qui avaient été marqués par Connery et qui eurent du mal à accepter les suivants. Bien sûr, depuis, ça a changé, les suivants, justement, ont leur place... à l'exception de cet imbécile de Moore qui est la plus grande erreur de la série : on se demande même comment elle a pu lui survivre. Quoi qu'il en soit, il faut peut-être redire ici que, dans la première moitié des années 70, la dérision était présente dans le cinéma, de quelque genre qu'il soit, de quelque pays qu'il nous arrive. Certains films de cette période, qui n'ont rien à voir avec Bond, ne sont plus du tout regardables aujourd'hui, vraiment plus du tout, alors que d'autres, plus anciens pourtant, voire beaucoup plus anciens, peuvent encore être vus. Il y a eu, ainsi, quelques années de dérision totale, c'était une mode, elle a passé comme toutes les modes. Je me demande si cet état de choses n'est pas à prendre en compte également en ce qui concerne les Bond. Cela dit, vous le savez, je ne supporte pas Moore dans ce rôle, nous en avons déjà parlé.

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    1. Quelle chance vous avez eu de découvrir les Bond au cinéma depuis le début. Je ne les découvre au cinéma que depuis Licence to kill (1989). Pourtant, pour moi, James Bond, c'était Sean Connery après avoir vu Dr No lors d'une diffusion tv en 1988 et qui m'a plongé dans la bondmania. J'avais vu auparavant Roger Moore dans The spy who loved me et Timothy Dalton dans The living daylights mais c'est Sean Connery avec le premier film qui fut un choc pour l'adolescent que j'étais. C'est certainement pour cette raison que je me suis très vite intéressé aux livres de Ian Fleming, je supposais l'acteur et le film plus proches de ce qu'avait imaginé le créateur. En vérité, ce n'est pas forcément le cas (You only live twice, Diamonds are forever) et depuis, Daniel Craig m'apparait plus intéressant. J'aime beaucoup aussi ce qu'a apporté Timothy Dalton.
      La période Roger Moore est celle que j'aime le moins même si celle de Pierce Brosnan la concurrence sérieusement.
      C'est vrai qu'il y a beaucoup de dérision dans le cinéma des années 70 mais il y a quand même pas mal de films très sérieux et même très violents. Ce n'est, hélas, pas la voie choisie pour les Bond.

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  2. De la chance, de la chance... C'est beaucoup dire ! Cela signifie tout au plus que je suis vieux... [rires].

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    1. Vieux ? Pourtant, et vous le savez bien, "on devient vieux le jour où l'on renonce à devenir punk ou poète".

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