Accéder au contenu principal

Skyfall (2012) - Sam Mendes

Me rendre au cinéma pour découvrir le nouveau James Bond est une démarche qui se démarque de toutes les autres fois où je vais en salle. Dans un an, cela fera 25 ans que je me passionne pour ce personnage. Pour ses 50 ans de cinéma, l'espoir de vivre quelque chose d'excitant est plus intense que jamais. Sur la route, au volant de la voiture, je fais un dernier point.

A l'exception de Away we go, j'ai vu tous les films de Sam Mendes qui met ici en scène son premier Bond. J'ai aimé chacun de ses films et savoir que ce n'est pas juste un "faiseur" derrière la caméra est certainement ce qui m'emballe le plus. Il y a Daniel Craig aussi bien sûr. Instantanément James Bond dans Casino Royale, il sauve à lui seul Quantum of solace de la totale insipidité grâce à son jeu intense. Lorsque j'ai su que c'était Javier Bardem qui incarnait l'ennemi du film, j'ai exprimé un "wahou" béat tant j'avais encore en tête son interprétation du psychopathe de No country for old men des frères Coen. S'ajoutent le retour de Judi Dench, la présence de Ralph Fiennes et de Naomie Harris (que j'avais remarquée dans l'excellent 28 days later). Cerise sur le gâteau, la chanson titre interprétée par Adele révélée quelques semaines avant la sortie parmi les meilleures de la série. Quant au scénario, j'en savais peu, j'espérais simplement qu'il allait être à la hauteur de la présence de tous ces talents réunis.

Accompagné de l'agent Eve, James Bond est à la poursuite du meurtrier de plusieurs agents du MI6 et qui a volé un disque dur contenant la liste des espions britanniques infiltrés dans plusieurs organisations terroristes. Échouant à l'arrêter, la liste est publiée quelques temps plus tard sur internet alors que 007 est laissé pour mort.

L'intrigue est simple mais ce n'est pas le plus important car le sujet principal de Skyfall est James Bond lui-même. Les références faites aux films précédents sont ce qu'il y a de plus facilement abordable. On se souvient que le procédé avait déjà été utilisé 10 ans plus tôt pour Die another day de façon tape à l'oeil et quasiment outrancière. Le dernier opus le fait avec finesse, intelligence, un soupçon d'humour parfois, un brin de nostalgie et une élégance certaine. Ainsi, les références ne se contentent pas d'être des illustrations artificielles du passé de 007, elles l'interrogent, le mettent en perspective en fonction du mythe que le héros représente, son utilité face à la technologie qui permet de se passer des hommes de terrain, son influence aussi en fonction de ce qu'est devenu le Royaume-Uni en 50 ans. Le pays de James Bond n'est plus l'empire dans lequel il a vu le jour et c'est aussi un sujet évoqué.



L'histoire va même encore plus loin, au delà des 50 ans de James Bond que les producteurs fêtent avec Skyfall. On remonte aux origines, quand James Bond était encore ce héros de papier créé par Ian Fleming. On se rend en Ecosse, la demeure familiale, l'évocation de la mort de ses parents alors qu'il n'est encore qu'un enfant, leur pierre tombale "Andrew Bond et Monique Delacroix Bond"... une atmosphère mélancolique au milieu des brouillards écossais. Et quoi de mieux comme véhicule pour effectuer ce retour dans le passé que l'Aston-Martin DB-V de Goldfinger, elle aussi devenue iconique ? Là où dans GoldenEye ou Tomorrow never dies, elle n'était qu'un simple clin d'oeil, elle a ici une part active dans l'action mais chuuut... A l'heure où j'écris, il n'est pas question de gâcher les nombreuses et réjouissantes surprises.

Cette volonté de travailler les ambiances serait vaine si la mise en scène n'était pas à la hauteur. Or, Sam Mendes offre des moments d'une beauté rarement vue dans un James Bond, je crois même que c'est inédit. Chaque lieu possède ses propres couleurs, sa propre photo, du casino de Macao aux tons de feu jusqu'au climat froid de la lande écossaise en passant par l'atmosphère grisâtre d'un Londres en hiver. La production n'a pas non plus oublié que la série avait régulièrement permis au public de découvrir des lieux incroyables. Ici, on a droit une surprenante île-ville abandonnée au large du Japon et qui existe réellement.



Que les amateurs d'action se rassurent, nous ne sommes pas non plus en présence d'un métrage contemplatif. Le film contient son lot de cascades, poursuites, explosions et combats (dont un en ombres chinoises dans une tour de Shanghai du plus bel effet) qu'on attend dans tout film de la franchise.

Mais alors, n'y a t-il que des éloges à faire pour ce James Bond ? C'est vrai, j'y vois peu de choses critiquables ; même le nouveau Q (Ben Whishaw) qui me laissait un peu sceptique sur les photos m'a enthousiasmé. La relève de Desmond Llewelyn est pleinement assurée. Il faut ajouter aussi que pour le plus grand plaisir des spectateurs et aussi des fans, la relation entre M et Bond est cette fois clairement établie comme une relation mère-fils comme Ian Fleming avait établi une relation père-fils entre le M de ses romans et son personnage.

Finalement, il n'y a que l'affiche du film que je n'aime pas et c'est certainement le seul reproche que je puisse faire.

Lorsque le gun barrel a clos le film et qu'a débuté le générique de fin, je me suis demandé si Skyfall n'était pas le meilleur des James Bond, toutes périodes confondues. Je n'ai pas définitivement tranché la question, je n'ai pas encore le recul nécessaire mais une chose est sûre : Skyfall est un James Bond d'exception.


Commentaires

  1. C'est le meilleur, à ce jour. Je m'en persuade de plus en plus. En tout cas, c'est celui où l'on trouve le plus d'humanité, ce qui ne gâte rien.

    Il faut aussi rappeler que M était réellement le nom donné à leur mère par Fleming et ses frères. Comme vous le dites, le romancier avait transposé cela dans un rapport père-fils, mais, dans son imaginaire M était bien sa mère. On touche donc, dans ce film, au plus intime de Fleming.

    Et d'ailleurs, dans le dialogue du film, je crois souvent entendre "Mumm" lorsqu'on dit "Madam".

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je n'ai pas vu le film en version originale donc je n'ai pas pu remarquer les "Mumm" mais il est prévu une seconde séance en VO.

      Le meilleur à ce jour ? Comme vous, je m'en persuade de plus en plus.

      Supprimer
    2. Il me semble que à la fin de Quantum of solace Bond en VO dit déjà "Mumm'" avant le fameux "I never left".

      Je vous rejoins pour l'avis de Skyfall, que j'ai eu la chance de voir en Avant-première avec l'équipe du film. Je vous recommande la VO qui est excellente.

      Skyfall c'est aussi :
      -La fin des "vieux"(M remise en cause, Bond fatigué, mort de la girl habituelle torturé interprétée par Marlohe), l'arrivée du "nouveau" (Gareth Mallory à la relève, Q jeune "geek", Eve la femme moderne) Une sorte de survie de 007 dans ces temps modernes.
      C'est aussi beaucoup de chose déjà dites.
      Bardem fantastique, Craig au sommet, photo magnifique etc.

      Maxence.

      Supprimer
    3. Je ne me souviens pas de ce "Mumm" à la fin de Quantum of solace. Je ferai attention à l'occasion.

      Je ne sais pas si c'est réellement la fin des "vieux". A la fin, le bureau de M renvoie à celui qu'on avait l'habitude de voir avant l'arrivée de Judi Dench. De plus, il me semble que certains éléments viennent directement de ce que décrit Ian Fleming. On a parlé de "retour aux sources" pour certains Bond mais je crois qu'avec Skyfall, l'expression n'a jamais été aussi juste.

      "Une sorte de survie de 007 dans ces temps modernes" : Expression très juste, bien vu.

      J'ai prévu de revoir le film en VO, c'est toujours mieux que le doublage.

      Supprimer
    4. La fin du style des ancien Bond je voulais dire (Le méchants qui veut détruire le monde, la girl etc.) Certes c'est déjà le cas dans Casino Royale mais là c'est clair. Le bureau à la fin ressemble clairement aux styles 60'.
      Skyfall c'est un peu un genre de style l'"ancien" qui fait moderne.
      Je trouve que du coup les trois Craig forme une trilogie.
      -Genèse (Casino Royale)
      -Vengeance (Quantum)
      -Résurrection (Skyfall)


      Pour le "mumm" c'est du moin ce que traduit les sous-titre. L'audio en Anglais : http://www.youtube.com/watch?v=EF2e6LWBhhU (55secondes exactement)

      Supprimer
  2. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

    RépondreSupprimer
  3. C'est effectivement le meilleur de la saga ! Ce James Bond est réellement le plus émouvant de tous ! Une réussite totale ! Daniel Craig est définitivement 007 !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ce qui est certain, oui, c'est que Daniel Craig est définitivement 007. A voir ce qu'il va donner pour les prochains films.

      Supprimer
  4. La question qui me taraude l'esprit depuis le jour où j'ai vu ce film est : Comment rebondir après cette claque ? Bond 24 sera-t-il à la hauteur ?
    Le film est en effet d'une qualité inégalable pour un scénario minimaliste et assez "paresseux" par moments !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je me pose pas la question de savoir si les prochain James Bond sera aussi réussi. Pour le moment, j'ai encore en tête les images de Skyfall, je compte retourner le voir au cinéma puis ce sera en blu-ray évidemment.

      Les producteurs des Bond ont toujours su rebondir, avec plus ou moins d'inspiration il faut le reconnaître, sinon on n'aurait pas souhaité les 50 ans du personnage au cinéma.

      Je pense aussi que certains James Bond à leur époque ont paru si extraordinaires que la même question se posait. Il y a des hauts et des bas dans la qualité des films, il faut faire avec.

      Supprimer
  5. Jolie critique. Le meilleur Bond... j'ai besoin de recul encore pour le juger comme tel. Toutefois, il reste un point qui ne fait pas tout à fait l'unanimité parmi les fans (étrange ?), c'est Adele. Un nombre non négligeable de fans se disent assez déçus par la chanson. Quel est votre avis à ce sujet ?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Comme je l'ai écrit dans mon article, la chanson interprétée par Adele est à mes yeux parmi les meilleures de la série. Elle n'égale pas cependant le Goldfinger de Shirley Bassey. Il manque à sa chanson un petit quelque chose que je ne saurais définir, un petit quelque chose qu'elle réussit à transmettre dans certains de ces titres d'ailleurs.

      j'ai été conquis par Adele avant même qu'elle connaisse l'énorme succès avec son 2ème album. J'avais découvert son 1er en 2009 et j'avais immédiatement adhéré. J'étais donc très heureux de savoir qu'elle avait été choisie pour le prochain Bond comme je le le disais dans cet article : http://lamaisondegaspard.blogspot.fr/2011/09/adele.html

      Supprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Vertige (2011) - Franck Thilliez

J'ai découvert Franck Thilliez il y a quelques années avec La chambre des morts, polar que j'avais apprécié lire. Plus tard, j'ai lu Train d'enfer pour ange rouge, thriller plutôt bien construit qui plonge le lecteur dans un univers qui se montre de plus en plus effrayant. J'ai achevé la lecture de Vertige récemment, son avant dernier livre qui me fait dire que l'auteur s'est amélioré entre ses premières œuvres et celle-ci ; Avec toujours ce goût pour les descriptions de scènes et situations morbides.
Jonathan Touvier se réveille au fond d'une grotte glacée. Il est attaché au poignet par une chaîne qui restreint considérablement son champs de déplacement. Il y a son chien aussi, endormi et qui ne tardera pas à sortir du sommeil dans lequel il a été plongé. Deux autres hommes aussi se réveillent dans le même lieu : Farid, qui lui est enchaîné à la cheville et Michel, libre de ses mouvements mais qui a un masque de fer fixé autour de la tête. Par une let…

Night of the living dead (1968), Zombie (1978), Day of the dead (1985) - George A. Romero

En apprenant la mort de George A. Romero le 16 juillet 2017, j'ai tenu à lui rendre mon petit hommage en regardant à nouveau sa trilogie des morts vivants : Night of the living dead, Zombie et Day of the dead. C'était surtout l'occasion de revoir des films qui m'amusent beaucoup et de les partager avec Stéphanie qui ne les avait jamais vu...

Lorsqu'on lit un sujet sur Night of the living dead, il y a de grandes chances que soit signalé, derrière son aspect film d'horreur, son propos contestataire, à savoir la destruction symbolique de la famille traditionnelle et son antiracisme du fait que le héros soit joué par un acteur noir, Duane Jones, chose rare effectivement à l'époque.
Personnellement, j'ai toujours douté de ces intentions prêtées à George A. Romero. D'abord, il a toujours affirmé qu'il avait choisi Duane Jones pour ses talents d'acteur ; ce qui est cependant la preuve d'une ouverture d'esprit de sa part à une époque où…

Lone wolf (2006) - Linwood Barclay

"Ce mardi-là, pendant que nous déjeunons, Trixie Snelling semble préoccupée. Pour tuer le temps, elle me raconte qu'elle écume les boutiques de déguisements afin de se procurer une arête osseuse frontale et satisfaire un client qui aime être dominé par une Klingon.
- Dans la série Star Trek, il y avait bien ces deux nanas klingon et ce chauve qui était le commandant ? me demande Trixie, qui sait que je suis une sorte d'autorité en matière de science-fiction.
- Ouais. Lursa et B'Etor Duras Deux sœurs humanoïdes. Elles essayaient d'éliminer le chancelier Gowron du Haut Conseil klingon.
Je marque une pause avant d'ajouter :
- Elles aimaient le cuir et les décolletés pigeonnants.
- De ce côté-là, ça va, rétorque-t-elle avec un petit mouvement de tête qui m'indique que mes connaissances approfondies ne l'impressionnent pas.
Parfois, je me demande pourquoi le cerveau rejette des informations importantes pour ne retenir que des bêtises."

C'est une plongée …