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Quand il n'y a plus de place en enfer, les morts reviennent sur terre

Fin mai et début juin, deux faits divers survenus à Miami ont très rapidement été désignés sous le terme d'attaque zombie. Le premier est celui d'un homme, nu, qui a été abattu par la police alors qu'il dévorait le visage d'un SDF. Le policier qui a fait feu témoigne en ces mots : "Je lui ai dit de s'éloigner et ce type a juste continué à dévorer l'autre homme avec du sang partout". Le policier ajoute qu'il a "relevé la tête avec des morceaux de chair dans la bouche et a grogné". Le deuxième, toujours à Miami, concerne l'arrestation d'un SDF alors qu'il était entré dans un restaurant en insultant les clients. Selon les témoignages des policiers, il leur hurlait dans la voiture qu'il allait les manger. Très vite, les soupçons de ces comportements particulièrement sordides se portent sur une drogue du nom de "7ème ciel" ou "bath salts". Il est assez amusant, si je puis dire, de constater à quel point une certaine culture populaire et à l'origine plutôt underground, peut influencer les termes des médias d'information et ainsi créer une vague d'échanges de commentaires entre les gens reprenant sans aucune distanciation les mots "attaque zombie" ("Zombie attack").

Night of the living dead
Evidemment, il ne s'agit en rien d'agressions d'hommes revenus d'entre les morts mais les films de morts vivants ont influencé tous les commentaires que l'on a pu lire et entendre depuis la semaine dernière. Il est d'ailleurs assez troublant de constater que beaucoup de ces commentaires sont similaires à celui du speaker radio dans Night of the living dead, le film de George A. Romero qui date pourtant de 1968 et qui a posé toute une liste de codes qui ont depuis été repris dans la plupart des films de morts-vivants.

Dans le film de Romero, les personnages apprennent l'origine de la résurrection des morts par une télévision qu'ils finissent par découvrir dans la maison où ils se sont réfugiés et devant laquelle ils restent suspendus pendant de longs moments comme aujourd'hui beaucoup de personnes sont restés accrochées aux médias modernes pour se tenir informés de l'attaque du cannibale de Miami : les chaînes d'information continue bien sûr mais aussi internet où il est possible de voir le film de la caméra qui a enregistré l'intervention de la police ainsi que les réseaux sociaux qui permettent de réagir en temps réel sur le fait divers. On a pu observer chez certains une réelle crainte d'une apocalypse zombie comme d'autres s'en sont amusés.

Night of the living dead
Dans quelle mesure, la fiction a t-elle nourri l'imaginaire des populations et inversement, dans quelle mesure ce genre de faits divers nourrit la fiction ? Le film de Zombies est certainement l'un des genres du cinéma d'horreur les plus prolifiques. Des chefs d'oeuvre aux navets et nanars, on ne les compte plus. Romero lui même signera plusieurs suites à son Night of the living dead. D'ailleurs la première sortie 10 ans plus tard, Dawn of the dead (retitré Zombie en Europe du fait d'un montage différent) commence dans un studio de télévision. Cette fois, l'information est nettement plus confuse. On assiste à un débat (dont tout le monde se fiche en vérité) où deux hommes s'opposent sur les méthodes à employer face aux morts vivants qui, visiblement, sèment la mort et la terreur sans que les autorités n'arrivent à les contenir. Encore une fois, on peut rapprocher certains commentaires et comportements constatés dans les médias à propos du fait divers de Miami à l'hystérie qui règne sur le plateau de télévision dans le film devant le chaos qui semble inéluctable.

Zombie
Les amateurs des films de Romero savent que le réalisateur ne se contente pas de mettre en scène des zombies dévorant les vivants à coup de scènes gores. Derrière l'hémoglobine, c'est la société qui est critiquée. Le racisme est pointé du doigt dans Night of the living dead et Zombie constitue une forte critique de la société de consommation. C'est cependant la première fois que je me rends compte que Romero portait également un regard désapprobateur sur les médias. S'il les laisse de côté dans les deux séquelles qui suivront (il s'en prend quand même à l'institution militaire dans Day of the dead (1985) et à l'administration Bush dans Land of the dead (2005)), ce sont bien les médias qui sont directement sa cible dans Diary of the dead (2007). Il nous montre un monde où tout est filmé et où tout doit être filmé. Quant à son dernier film de morts vivants, Survival of the dead (2009), je ne peux dire ce qu'il en est, je ne l'ai pas vu ; et il n'a pas bonne presse.

Diary of the dead
Bien sûr, on peut citer d'autres metteurs en scène et d'autres films du genre mais seuls les films de George A. Romero contiennent cette charge critique de la société américaine permettant de rapprocher ses réalisations avec ce qu'il s'est passé à Miami récemment et la psychose de cette apocalypse zombie qui a agité certaines personnes et les réseaux sociaux. Essayez le hashtag #zombieapocalypse sur Twitter, vous verrez.

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