Accéder au contenu principal

Les aventures de Tintin - Le secret de La Licorne (2011) - Steven Spielberg

Avant même de savoir lire, mon père m'avait mis des albums de Tintin entre les mains et me les lisait le soir au bord du lit avant de m'endormir. Je crois que la première chose que j'ai voulu lire par moi-même fût un album d'Hergé. Lequel était-ce ? Je n'en ai aucun souvenir mais les aventures de Tintin, je les ai dévoré plus d'une fois.

En grandissant, j'ai voulu en savoir plus sur cet univers. Après les albums couleurs, je découvrais ceux qui avaient été réalisés dans un premier temps en noir et blanc. Il y avait aussi Tintin au pays des Soviets jamais refait en couleurs ainsi que Totor CP des Hannetons une sorte de brouillon du reporter. Gamin, j'ai vu la série animée de Belvision qui prenait de grandes libertés avec les récits d'Hergé et dans les années 90, celle de Ellipse, plus fidèle. Il y a aussi les films Tintin et le mystère de la Toison d'or et Tintin et les oranges bleues sans oublier les long-métrages d'animation comme Tintin et le lac aux requins ou Tintin et le temple du soleil. Mes parents m'avaient également offert la première édition de l'inachevé Tintin et l'Alph-art.

Il y a beaucoup de livres sur le monde de Tintin et sur Hergé lui-même, certains sont passionnants, d'autres ne mettent qu'en avant la vacuité de leur auteur ou leur opportunisme. Dans la presse également, on trouve de tout sur le sujet, jusqu'à des papiers affirmant que le petit reporter est homosexuel. N'importe quoi.

Mais le but de mon article n'est pas là. Le 26 octobre dernier est sorti Les aventures de Tintin - Le secret de La Licorne et son metteur en scène n'est autre que Steven Spielberg. Autant dire que le célèbre metteur en scène américain est attendu au tournant, du moins en Europe (l'univers de Tintin est peu connu aux Etats-Unis). Jusqu'à présent, aucune adaptation, qu'elle soit animée ou en réel (les deux films avec Jean-Pierre Talbot) n'a été franchement convaincante. Dans son essai Le monde d'Hergé, Benoît Peeters avance l'idée que c'est dû au style du dessinateur, celui de la ligne claire qui, s'il donne au dessin le dynamisme pour le rendre vivant, reste difficile à animer. Pour ce qui est des oeuvres avec des acteurs, même si dans la BD les personnages évoluent dans un univers très proche du réel (Hergé se documentait beaucoup pour ses dessins), ils sont trop caricaturaux pour faire "vrai" dans un film. A mon sens, c'est particulièrement flagrant à propos du capitaine Haddock. Ni Georges Wilson ni Jean Bouise, qui sont pourtant des pointures d'acteur, n'ont réussi à trouver le ton pour interpréter comme il convient le marin alcoolique.

Alors Steven Spielberg a t-il fait mieux ?



La réponse est oui, trois fois oui. La technique de la motion capture 3D est assurément ce qui porte le mieux le trait d'Hergé. Dans une 3D agréable, s'affranchissant du dessin mais n'intégrant pas l'action dans un environnement réel, Steven Spielberg a pu donner à Tintin sa dimension de film d'aventures que le personnage mérite et que tout amateur de films de ce genre et tout tintinophile sont en droit d'attendre. Le film magnifie certains passages de la bande dessinée. Ainsi par exemple, la bataille entre La Licorne et le navire de Rackham le rouge est franchement spectaculaire. Tintin, c'est avant tout l'évasion et Steven Spielberg l'a très bien compris.

Il parait que ça fait un quart de siècle que le réalisateur rêvait de mettre en scène les bandes dessinées d'Hergé, il peut être fier de ce qu'il en a fait d'un point de vue graphique. Là où c'est plus criticable, c'est ce qu'il a fait de l'histoire. Personnellement, j'ai toujours émis des réserves quand une adaptation se permettait des libertés avec les récits d'origine (la série de Belvision) ou quand des éléments ne semblaient pas à mon sens correspondre à l'univers (les enfants Niko et Nouchka qui chantent dans Tintin et le lac aux requins). Ce n'est pas tant le fait que l'histoire mélange Le secret de La Licorne et Le crabe aux pinces d'or (elle le fait très bien d'ailleurs) mais le fait que Sakharine soit devenu un ennemi (je ne spoile rien, on le sait quasiment dès le début) faisant ainsi disparaitre les frères Loiseau ; enfin, pas totalement, ils apparaissent au début du film parmi les affiches dessinées par le portraitiste du marché aux puces qui n'est autre que... Hergé.



On peut aussi critiquer certains passages un peu ou complètement too much faisant parfois basculer le film dans le blockbuster américain oubliant l'ambiance européenne de l'oeuvre. De ce point de vue, le combat de grues en est l'exemple le plus caractéristique. Un autre regret est le fait que John Williams n'ait pas su trouver un thème principal, celui qu'on assimile automatiquement au personnage central comme il avait su le faire avec Indiana Jones par exemple.

Indiana Jones justement, un autre personnage que Steven Spielberg a mis en scène. Si en 1984, l'affiche de Indiana Jones et le temple maudit déclarait "If adventure has a name... it must be Indiana Jones", on pourrait, en dépit des quelques réserves faites ici, mettre une phrase du même type sur l'affiche du nouveau Spielberg : "Tintin, the name of adventure".

J'attends avec encore plus d'impatience la suite qui adapte Le temple du soleil (et aussi Le trésor de Rackham le rouge) et qui est cette fois réalisé par Peter Jackson. J'ai un top 3 pour mes metteurs en scène favoris. Il s'agit de Sergio Leone, Clint Eastwood et... Peter Jackson. Je suis ce dernier depuis que j'ai découvert les délires gores de son premier film, Bad taste, lors de sa sortie en vidéo dans les années 80.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

War for the planet of the apes (2017) - Matt Reeves

Le premier film de 2011 était très bon, le deuxième s'est révélé être une déception, celui-ci ne m'a pas franchement convaincu. Les premières minutes m'ont mis en confiance mais le soufflé est assez vite retombé.
Nous parlons de guerre entre les humains et les singes pour la domination de la terre mais aucun enjeu planétaire ne nous est illustré. Du début à la fin, nous restons dans un périmètre restreint où Woody Harrelson joue les Marlon Brando du pauvre dans Apocalypse now et où le spectateur est barbé par une jeune fille qui passe son temps à donner de l'eau à des singes emprisonnés.
Il y a bien des tentatives de développements scénaristiques, les humains qui peu à peu perdent leur humanité alors que les singes font de plus en plus preuve d'empathie, mais c'est nettement insuffisant. On se réveille un peu à la fin où un combat s'engage, militaires contre simiens. C'est trop court, voilà le générique de fin.
La 3D est plutôt bonne.

La maison de Gaspard a 6 ans

Six années que je mets en ligne des articles ; pour le plaisir.
Il y eut une première période essentiellement marquée par ma relecture des Fleming, suivie d'une autre consacrée principalement à un nouveau visionnage des James Bond, cette fois en Bluray, dévoilant ainsi des détails dans les films que je n'avais jamais remarqués. Il y eut aussi la lecture régulière des comics The walking dead, une série qui n'est pas encore achevée et qu'il faudra bien que je reprenne un jour ou l'autre. C'est aussi l'occasion de rédiger quelques impressions et avis sur les polars et thrillers que je lis, un genre qui me plait énormément.

Je me suis rendu compte également grâce aux libellés que j'accroche aux publications que les westerns tenaient une place assez conséquente parmi les longs métrages que je peux regarder. Je n'imaginais pas que ce genre occupait un tel intérêt chez moi ; et il me reste encore quelques cowboys à chroniquer.

Faire un tel exercice a chan…

24 - saison 8

Jack Bauer (Kiefer Sutherland) profite de sa retraite pour squatter le domicile de sa fille Kim à New-York et jouer au papy gâteau auprès de sa petite fille. Seulement, un complot va le contraindre à reprendre du service au sein de la cellule antiterroriste alors que parallèlement, la présidente américaine est sur le point d'obtenir un accord sur le nucléaire avec le dirigeant d'un pays fictif du Moyen Orient.

Une huitième saison assez laborieuse dans l'ensemble où trop souvent les personnages décident d'une action à mener puis se ravisent dans l'épisode suivant quand ce n'est pas dans le même. Dès le début, on ennuie le téléspectateur avec des intrigues secondaires sans grand intérêt conduisant à des scènes absurdes à l'image de ce contrôleur judiciaire qui va et vient dans les locaux de la cellule antiterroriste alors que son personnel tente par tous les moyens de contrôler une menace d'attentat des plus tendues. C'est à la fois énervant et risib…