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Clint Eastwood est républicain. Sans blague ?



Jeudi 30 août 2012 à Tampa (Floride), Clint Eastwood effectue au cours de la convention républicaine un discours très critique envers Barack Obama. S'adressant à une chaise vide censée représenter le Président des Etats-Unis, les commentateurs de toutes sortes ont principalement retenu la dénonciation des 23 millions de chômeurs que la star a qualifié de "honte nationale" et qu'il était donc "temps que quelqu'un d'autre arrive et règle le problème" en concluant que "Quand quelqu'un ne fait pas le travail, qu'il s'en aille" ; Et tout le monde s'enflamme. Globalement, la prestation est jugée incohérente, étrange et même désastreuse.

Ainsi, par exemple, pour le Washington Post, "il n'y a pas de mots pour décrire ce qu'a fait l'acteur sur la scène de la convention jeudi soir". Evidemment, Michael Moore sur qui Eastwood avait menacé de tirer dessus si l'auteur de Bowling for Columbine se pointait chez lui avec sa caméra a aussi sauté sur l'occasion en le qualifiant de "crazy old man". De ce fait, il n'est jamais allé chez lui... car c'est certainement plus dangereux que d'aller chez Charlton Heston qui était atteint de la maladie d'Alzheimer.

Il est tout aussi intéressant d'observer les réactions françaises. Les inrocks se demandent s'il n'est pas gâteux, un blog de Libération affirme qu'il fait le pitre dans une séquence relevant du tragi-comique mais l'article le plus dégueulasse que j'ai pu lire sur un site est certainement celle de ce blog sur Mediapart : "La succession de feu Charlton Heston est bien assurée au Parti Républicain. L'apparition pathétique, hier en Floride à la Convention Républicaine, de Clint Eastwood a confirmé les paroles de la chanson de Georges Brassens, Le temps ne fait rien à l'affaire. Qu'on ait vingt ans, qu'on soit grand-père, quand on est c..., on est c... Il ne s'agit pas d'un problème d'âge, car avec ses 94 ans Stéphane Hessel fait figure de jeune premier en comparaison et sera toujours jeune d'esprit et riche d'idées. Mais ses 82 ans, Eastwood semble les porter depuis longtemps et confirme que la mièvrerie qu'il a laissé transparaître dans son œuvre cinématographique, que ce soit en tant qu'acteur ou réalisateur, est bien fondée sur une réalité tangible". Comparer Clint Eastwood à Charlton heston relève de la malhonnêteté intellectuelle, Eastwood étant quand même plus ouvert, plus libéral sur les questions sociétales que son collègue. De plus, faire cette comparaison, c'est aussi sous entendre que la maladie d'Alzheimer commence à atteindre Clint Eastwood, ce qui est particulièrement écoeurant, les familles touchées par cette maladie apprécieront. Au mieux, pour ce monsieur, le cinéaste devient sénile et pour appuyer son idée, il le compare à Stéphane Hessel. Hors-sujet. Quant à "la mièvrerie qu'il a laissé transparaître dans son oeuvre cinématographique", l'affirmation montre tout simplement qu'il n'a pas vu grand chose de la filmographie d'Eastwood.

Sur twitter, les réactions sont encore plus violentes. En recherchant "Clint Eastwood" ou avec le hashtag #clint, on tombe sur des "réac gâteux", "c'est moche la vieillesse", etc. Ou comment assassiner l'un des plus grands cinéastes américains en quelques mots.

Il n'y a finalement que Le monde pour dire que la star "a parfaitement lancé la soirée". 

En vérité, ce qui est reproché à Clint Eastwood par tous ces gens, c'est qu'il soit républicain. Certains feignent même de le découvrir alors que son engagement est connu depuis les années 50 ; Parce qu'un artiste (et il n'en est pas des moindres), c'est forcément à gauche, en tout cas démocrate aux Etats-Unis. Ça les emmerde qu'à nouveau Clint Eastwood leur rappelle de cette manière qu'il est un GOP. Chez certains, c'est même vécu comme une trahison tant ils étaient persuadés que cette fois il allait se rallier aux démocrates. En effet, comment peut-il soutenir les républicains après avoir mis en scène des films tels que Gran Torino, Invictus, Flags of our father, Million dollar baby ? Alors on nous ressort la vieille accusation  du Eastwood fasciste parce qu'il a incarné à cinq reprises l'inspecteur Harry, c'est tellement plus facile que d'interroger un peu plus profondément sa filmographie.

Dans ce déluge de réactions hystériques, il est donc nécessaire de lire l'article de Romain Huret, pertinent et intelligent, je n'aurais pas écrit mieux.

Quoi qu'il en soit, je suis un admirateur de Clint Eastwood, aussi bien l'acteur que le metteur en scène et personne ne m'en dégoûtera. Il est la dernière légende vivante d'Hollywood.

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