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La guerre des boutons (2011) - Yann Samuell

La guerre des boutons, le roman de Louis Pergaud, étant tombé dans le domaine public, on a eu droit à deux adaptations cinématographiques qui sont sorties au mois de septembre de l'année dernière. Situation aberrante comme je le disais dans un article mis en ligne le 15 septembre 2011 consacré au film d'Yves Robert de 1962.

J'ai eu l'occasion récemment de voir la réalisation de Yann Samuell dans lequel jouent Eric Elmosnino (l'interprète de Serge Gainsbourg dans le film de Johann Sfar), Alain Chabat, Mathilde Seigner et Fred Testot. Alors, qu'en est-il de cette version ?

L'histoire est assez connue, les gamins de Longeverne sont en guerre contre ceux de Velrans. Ainsi, à chaque fin de journée, après l'école, ils se retrouvent pour se battre entre eux à coups d'épées en bois et de cerises balancées à partir de lances-pierres et catapultes artisanales. L'ensemble est plaisant... mais ce n'est que plaisant ; et ceux qui connaissent le film d'Yves Robert ne pourront s'empêcher de faire la comparaison  qui, il faut bien l'admettre, joue en défaveur du film de Yann Samuell.

Le premier avantage du film d'Yves Robert est qu'il se situe à l'époque où il a été mis en scène alors que celui de Yann Samuell reconstitue le début des années 60. L'oeuvre de 1962 a donc pour elle l'authenticité. Cette authenticité, en plus du talent d'Yves Robert, décrit la population rurale telle qu'elle existait à l'époque. Yves Robert n'avait pas fait qu'une comédie mais un témoignage de la vie à la campagne. Comme je le signalais, Yves Robert mettait aussi en scène la figure centrale et républicaine de l'instituteur, le sexisme, le sujet des enfants battus ainsi que l'alcoolisme campagnard.

Le film de Yann Samuell évoque aussi des sujets dramatiques. On retiendra celui de la mère élevant seule ses enfants, la guerre d'Algérie ou encore l'instituteur volontaire pour élever la conscience de ses élèves. Mais l'ensemble de ces sujets n'est qu'effleuré tandis que d'autres apparaissent artificiels à l'image de la fille garçon manqué qui se veut l'égale des garçons, le romantisme féminin en plus. On ne parle plus de république mais d'indépendance, les hommes ne boivent plus, ne jurent plus et les cerises ont remplacé les cailloux dans les frondes. Les batailles que se livrent les enfants ne semblent pas non plus avoir de grandes conséquences au sein de leurs familles à l'inverse de ce qu'il se passait chez Yves Robert.

Ne restent que quelques images dont on ne peut douter de leur réalité comme ces séances de cinéma qui se font dans l'église et dont la projection des films est assurée par le curé du village qui met sa main devant l'objectif quand Errol Flynn embrasse Olivia de Havilland. On est dans le registre de la nostalgie d'une France rurale refabriquée selon les préceptes politiquement corrects de notre époque.

Pire, certains éléments placent définitivement le long-métrage dans le registre de la seule comédie, la faute surtout à la confrontation des deux instituteurs des deux villages. On apprend que la rivalité Longeverne/Velrans date de plusieurs générations et qu'eux aussi, au temps où ils étaient enfants, ont fait partie des bandes rivales. Ainsi, on assiste à des scènes où Chabat et Elmosnino se lancent des noms d'oiseaux et s'empoignent de façon puérile et caricaturale. On a souvent du mal à y croire.

Rien de honteux dans tout ça mais c'est complètement dispensable. Les enfants s'amuseront, c'est déjà ça. Le DVD contient un document plutôt intéressant sur Louis Pergaud.


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