Accéder au contenu principal

Ian Fleming's James Bond : Annotations and chronologies for Ian Fleming's Bond stories (2006) - John Griswold


J'ai chroniqué tous les livres de Ian Fleming comme l'intégralité des films les adaptant, à l'exception de la version parodique de Casino Royale de 1967 (j'ai le DVD mais ce film n'est qu'une ennuyeuse comédie). Je peux affirmer aujourd'hui que le James Bond qui m'intéresse principalement est celui des romans et des nouvelles de Fleming. Il est dommage que l’œuvre qu'il a laissée soit trop peu connue. Elle se distingue pourtant des romans d'espionnage de l'époque, par sa qualité d'écriture et par l'originalité de l'univers créé. Loin de se réduire à de strictes intrigues d'espions jouant au chat et à la souris sur le grand échiquier international, l'univers de Ian Fleming est étonnamment romanesque.

Pour rédiger son Ian Fleming's James Bond : Annotations and chronologies for Ian Fleming's Bond stories, John Griswold a réalisé un important travail d'analyse des récits originaux (romans et nouvelles), notamment à partir des manuscrits originaux conservés à la Lilly library. Il a ainsi défini la date de naissance de James Bond, ce qui n'était apparemment pas une mince affaire, car si Ian Fleming avait la volonté de créer un monde cohérent, il semble, en fonction des informations indiquées dans les récits, qu'il se soit un peu emmêlé les pinceaux à ce sujet. Griswold parvient néanmoins à la placer au 11 novembre 1921. Il réussit aussi à déterminer la date de l'accident des parents du futur 007, faisant de lui un orphelin, un 5 juillet 1933.

Le livre de John Griswold contient le dessin de James Bond fait par un dessinateur inconnu sous les instructions de Ian Fleming. L'occasion de se rendre compte qu'aucun des acteurs ayant incarné l'agent secret ne s'approche franchement de ce que son créateur imaginait.

Il est intéressant de remarquer que la balafre sur sa joue droite que Fleming lui a attribuée, soit peu prononcée.


En plus de la biographie de James Bond, John Griswold établit celle de Ernst Stavro Blofeld, l'ennemi le plus marquant de l'espion, car responsable de la mort de son épouse, Teresa di Vincenzo, peu de temps après leur mariage (On her Majesty's secret service) et de sa lente descente aux enfers qui s'ensuivit (You only live twice), jusqu'à l'ultime mission (The man with the golden gun). Une chose que je n'avais pas remarquée en relisant les Fleming et que Griswold signale : Blofeld a la même date de naissance que le créateur de 007, le 28 mai 1908. Voilà un rapprochement autant amusant qu'intéressant, faisant de Fleming à la fois le père et l'ennemi juré de sa propre création.

John Griswold signale également que le romancier a pris des libertés vis-à-vis de l'histoire des services secrets britanniques et sur la localisation de ses bureaux. Ce mélange de réalité et de fiction est ce qui fait le charme des aventures livresques de James Bond. C'est aussi et surtout ce qui m'a plu à la lecture.

Il rappelle également que chez Fleming, Q n'apparait jamais en tant que personnage mais quand il en est fait référence, c'est en tant que "Q branch", c'est-à-dire le service chargé essentiellement de l'organisation des voyages des agents du MI6 et non de la livraison de leurs gadgets divers et variés, comme c'est le cas au cinéma.

Une autre difficulté qu'a du surmonter Griswold, toujours en fonction des écrits dont nous disposons, fut d'établir la chronologie, au mois près, des aventures de 007. A l'aide du faisceau d'indices laissé par la bibliographie de Ian Fleming, John Griswold parvient à l'établir de façon plutôt cohérente.

Chaque histoire se voit ainsi placée dans un agenda détaillé et les nouvelles de For your eyes only et de Octopussy and the living daylights sont installées au bon endroit dans la chronologie. Il réussit même à placer la rare nouvelle 007 in New-York, au sein du roman On her Majesty's secret service ; ce qui m'étonne. Les faits de The spy who loved me se déroulant au motel des Sapins rêveurs sont aussi placés à l'intérieur du même roman ; ce qui m'étonne moins puisque dans The spy who loved me, James Bond est sur les traces de Blofeld depuis la fin de Thunderball.

Cependant, tel qu'il le reconnait parfois, l'auteur doit admettre quelques nécessaires distorsions pour placer certains repères de cette chronologie. A ce sujet, il souligne que Doctor No installe plusieurs conflits chronologiques.

Autre point sur lequel je me suis attardé : l'approche faite par Griswold au sujet des événements ayant lieu en France, notamment sur le littoral du Pas-de-Calais et de la Somme, que je connais bien pour y avoir grandi, vécu et m'y rendre encore très régulièrement. En effet, si au cinéma, James Bond parcourt allègrement le monde, dans les romans originaux, son champs d'action est moins vaste et il intervient à plusieurs reprises dans les endroits précités.


Le premier roman, Casino Royale, s'il se déroule dans une ville fictive baptisée Royale-les-Eaux, celle-ci est vraisemblablement inspirée du Touquet, de Deauville et d'autres communes du littoral du Nord-Pas-de-Calais-Picardie, dont peut-être Cayeux-sur-mer. Royale-les-Eaux, en fonction des éléments de ce livre, se trouve dans la Somme, à la frontière du Pas-de-Calais (cf. mon sujet sur Casino Royale). Néanmoins, d'autres indications livrées dans On her Majesty's secret service laissent à penser que la cité balnéaire est positionnée dans le Pas-de-Calais car assez proche de Montreuil-sur-Mer et du Touquet (cf. mon billet sur ce roman).

Pouvant donc constater concrètement de la véracité des lieux que Ian Fleming utilise comme décor (Dans On her Majesty's secret service, Montreuil-sur-Mer et ses villages alentour sont criants de vérité, même plus de cinquante ans plus tard), il parait naturel de se dire qu'il a dû faire de même pour d'autres localités, surtout la Jamaïque, très présente dans ses histoires. Le romancier y a en effet vécu pendant plusieurs années. De plus, Thrilling cities, récits de ses voyages à travers les villes du monde, témoigne de son sens de l'observation et de sa singulière curiosité. Aussi, une carte de la Jamaïque est fournie tout comme une autre détaillant le parcours de James Bond au Canada dans la nouvelle For your eyes only. Il est possible aussi de situer grâce encore à d'autres plans, les lieux de l'action de Thunderball, dans les îles Bahamas.

Dans la section réservée à You only live twice, John Griswold a intégré Sayonara to James Bond, un chapitre de Foreign devil du britannique Richard Hugues, et qui commence par ces mots : "I had the honour of accompanying my friend, the late Ian Fleming,on his second and last tour of Japan. He was seeking local colour, factual detail, spiritual inspiration and canal folklore for the twelfth - and, alas, penultimate - James Bond volume, You only live twice".

Je suis ravi de lire ces lignes car elles confirment ce que j'avais rédigé à propos du roman : "Mes connaissances de la culture japonaise sont très limitées mais à la lecture de You only live twice, on peut constater que Ian Fleming a effectué un sérieux travail de recherche et de documentation sur ce pays (...) tant les informations à son sujet sont nombreuses. (...). On pouvait néanmoins déjà imaginer sa curiosité en lisant Thrilling cities où on trouve d'ailleurs un passage consacré à Tokyo (...)".

L'intégralité du chapitre étant intégré, on constate que Richard Hugues appuie la curiosité de Ian Fleming que je lui ai, à plusieurs reprises, supposée, en le lisant. Ainsi, les préjugés et les propos racistes qu'il a pu formuler et que j'ai aussi dénoncés paraissent à nouveau encore plus surprenants et condamnables.

On pourra tout de même constater que, parfois, des petites erreurs se sont glissées dans les histoires. C'est vraisemblablement le cas lors du voyage dans l'Orient Express de Fron Russia with love où Ian Fleming est responsable de certaines approximations géographiques ; mais rien de très grave, dans le fond.

Le livre contient plusieurs cartes des régions que James Bond traverse mais aussi des plans de l'appartement de James Bond, des bureaux du MI6 ainsi que des portraits dessinés par George Almond de plusieurs personnages permettant de constater, au cas où en lisant Fleming le lecteur ne s'en rendait pas compte, qu'ils diffèrent des versions données au cinéma. Celui du docteur No est l'un des plus flagrants.

Dr No - George Almond

John Griswold mentionne aussi le fait que Fleming fait apparaître des personnes ayant réellement existé. Si j'ai pu m'en apercevoir pour les plus célèbres d'entre elles (Ursula Andress par exemple) ou surtout celles faisant écho à mes connaissances socio-culturelles, d'autres sont plus subtiles.

L'auteur permet également de comprendre le titre de la nouvelle The living daylights devenu en français Tuer n'est pas jouer car intraduisible littéralement. En effet, l'expression The living daylights pourrait se traduire par Les lumières vivantes du jour, ce qui ne signifie pas grand chose en français. Or, voici ce qu'explique John Griswold : "'Daylights' is an old word for 'eyes'. The sense of seeing when light travels through the eye during the day and is detected by the brain" ; puis il replace l'expression dans le texte de la nouvelle, et l'explication prend tout son sens quand on sait qu'il s'agit d'une intrigue où deux snipers (l'un est James Bond) se font face de part et d'autre du mur de Berlin, au moment où un homme s'apprête à le franchir.

Lire le Griswold fut aussi l'occasion de remettre en mémoire quelques passages. Ainsi, j'avais omis le fait qu'une partie de Goldfinger se déroulait en France métropolitaine. En effet, ici, James Bond file Auric Goldfinger à travers la France, du Touquet jusqu'en Suisse. Cette omission est certainement du fait que le film, relativement fidèle, occulte cette partie pour entrer directement en territoire helvétique.

Je constate et je déplore trop régulièrement que peu de gens savent que 007 a débuté sous la plume  de Ian Fleming dans les années cinquante, dans des récits très différents des adaptations cinématographiques qui ont eu tendance à la simplification et à prendre des libertés trahissant souvent Ian Fleming (l'exemple le plus scandaleux étant Moonraker). Le personnage originel lui-même n'a souvent que peu à voir avec celui du septième art. Le travail de John Griswold est donc important même s'il n'intéressera que les plus fervents passionnés de 007.

Il n'existe aucune traduction française de Ian Fleming's James Bond : Annotations and chronologies for Ian Fleming's Bond stories. C'est dommage. Ainsi, il est possible que je sois passé à côté de remarques pertinentes, comme il est possible que j'ai pu commettre quelques erreurs dans la rédaction de cet article. De fait, si quelqu'un désire ajouter un commentaire, par sympathie et/ou pour enrichir le propos, il est le bienvenu.

Commentaires

  1. Vous avez parfaitement présenté cet ouvrage, cette Bible extraordinaire grâce à laquelle Bond existe plus que jamais, parfaitement intégré dans la réalité. A noter que ce livre est publié chez l'auteur, ce qui signifie qu'il n'a pas été possible de trouver un éditeur. Dans ces conditions, imaginer une traduction est utopique. Mais ce serait bien, naturellement. Pour ce qui est de la date de naissance de Blofeld qui est celle de Fleming, votre très humble et très dévoué serviteur l'avait signalé...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Vous l'aviez signalé dans votre livre sur Ian Fleming? Veuillez m'en excuser, je ne m'en souviens pas. Une relecture s'impose...

      C'est toujours un plaisir de lire vos commentaires, merci.

      Supprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

War for the planet of the apes (2017) - Matt Reeves

Le premier film de 2011 était très bon, le deuxième s'est révélé être une déception, celui-ci ne m'a pas franchement convaincu. Les premières minutes m'ont mis en confiance mais le soufflé est assez vite retombé.
Nous parlons de guerre entre les humains et les singes pour la domination de la terre mais aucun enjeu planétaire ne nous est illustré. Du début à la fin, nous restons dans un périmètre restreint où Woody Harrelson joue les Marlon Brando du pauvre dans Apocalypse now et où le spectateur est barbé par une jeune fille qui passe son temps à donner de l'eau à des singes emprisonnés.
Il y a bien des tentatives de développements scénaristiques, les humains qui peu à peu perdent leur humanité alors que les singes font de plus en plus preuve d'empathie, mais c'est nettement insuffisant. On se réveille un peu à la fin où un combat s'engage, militaires contre simiens. C'est trop court, voilà le générique de fin.
La 3D est plutôt bonne.

La maison de Gaspard a 6 ans

Six années que je mets en ligne des articles ; pour le plaisir.
Il y eut une première période essentiellement marquée par ma relecture des Fleming, suivie d'une autre consacrée principalement à un nouveau visionnage des James Bond, cette fois en Bluray, dévoilant ainsi des détails dans les films que je n'avais jamais remarqués. Il y eut aussi la lecture régulière des comics The walking dead, une série qui n'est pas encore achevée et qu'il faudra bien que je reprenne un jour ou l'autre. C'est aussi l'occasion de rédiger quelques impressions et avis sur les polars et thrillers que je lis, un genre qui me plait énormément.

Je me suis rendu compte également grâce aux libellés que j'accroche aux publications que les westerns tenaient une place assez conséquente parmi les longs métrages que je peux regarder. Je n'imaginais pas que ce genre occupait un tel intérêt chez moi ; et il me reste encore quelques cowboys à chroniquer.

Faire un tel exercice a chan…

24 - saison 8

Jack Bauer (Kiefer Sutherland) profite de sa retraite pour squatter le domicile de sa fille Kim à New-York et jouer au papy gâteau auprès de sa petite fille. Seulement, un complot va le contraindre à reprendre du service au sein de la cellule antiterroriste alors que parallèlement, la présidente américaine est sur le point d'obtenir un accord sur le nucléaire avec le dirigeant d'un pays fictif du Moyen Orient.

Une huitième saison assez laborieuse dans l'ensemble où trop souvent les personnages décident d'une action à mener puis se ravisent dans l'épisode suivant quand ce n'est pas dans le même. Dès le début, on ennuie le téléspectateur avec des intrigues secondaires sans grand intérêt conduisant à des scènes absurdes à l'image de ce contrôleur judiciaire qui va et vient dans les locaux de la cellule antiterroriste alors que son personnel tente par tous les moyens de contrôler une menace d'attentat des plus tendues. C'est à la fois énervant et risib…