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Il buono, il brutto, il cattivo (1966) - Sergio Leone


J'ai eu l'occasion de voir Il buono, il brutto, il cattivo dans une salle de cinéma en 2003 ou 2004, à l'occasion d'une ressortie. Je l'avais vu à plusieurs reprises sur un écran de télévision auparavant. En plus du plaisir de découvrir une version longue inédite, celle sensée être la plus proche de la vision de Sergio Leone, ce fut une entière redécouverte. Certains films prennent tout leur sens sur grand écran et c'est le cas avec celui-ci. Je vis un cinémascope éblouissant, qui m'a laissé pantois d'admiration. Depuis ce jour, Il buono, il brutto, il cattivo est mon film favori, tous genres confondus.

Il ne s'agit pas uniquement d'une réussite formelle. Ce western est aussi une réussite scénaristique. Ce qui est à l'origine une simple chasse au trésor devient une traversée dans l'Ouest américain en pleine guerre de sécession, où se succèdent des personnages souvent pittoresques et où se construit un discours sur la guerre et son absurdité. Ainsi, les combats autour du pont entre les soldats de l'Union et les confédérés, des soldats abrutis par l'alcool, cessent dès que le pont est détruit et les lieux sont rapidement abandonnés. Il ne s'agissait donc nullement d'un point stratégique.


Un autre moment marquant est celui où Tuco surgit du désert assoiffé, pour se plonger le visage dans un seau d'eau puis imposer sa présence dans une armurerie pour se confectionner un révolver qu'il essaiera sur des personnages en bois représentant des indiens et se barrer sans payer. En quelques minutes, Sergio Leone a résumé sa vision de la conquête de l'Ouest ; et toutes ces scènes, et bien d'autres, sont appuyées par des dialogues d'une ironie souvent mordante.

Sur l'emplacement du trésor, 200 000 dollars en pièces d'or, le suspense à son sujet est maintenu jusque dans les dernières minutes du film, après le fameux duel... à trois, en plein centre d'un cimetière. Ce duel, j'ai beau l'avoir vu plus d'une dizaine de fois, je reste toujours ébahi par sa chorégraphie. La bande originale d'Ennio Morricone en totale symbiose avec le montage en fait l'un des plus grands moments de cinéma. Ennio Morricone, le maître compositeur des longs métrages de Sergio Leone et de quelques autres westerns italiens, livre ici ses meilleures partitions, une musique inoubliable. Il fait par exemple de la découverte de Sad Hill par Tuco un intense moment de lyrisme qui, au cinéma, m'avait ébloui.


Dans l'univers de Sergio Leone, les apparences sont très relatives. Le bon (Clint Eastwood) n'est pas aussi bon qu'il en a l'air et le truand (Eli Wallach) pas assez malin pour duper tout le monde. Seul le troisième personnage, la brute (Lee Van Cleef), paraissait correspondre à son qualificatif, jusqu'à cette version longue où l'ajout de nouvelles scènes vient adoucir son caractère d'être impitoyable, notamment lorsqu'il semble troublé à la vision de soldats estropiés par les combats.

Après Per un pugno di dollari et Per qualche dollaro in più, Il buono, il brutto, il cattivo clôt magistralement une trilogie communément dénommée la trilogie des dollars. Par la suite, Sergio Leone fera d'autres films, dont deux westerns, avec la volonté d'explorer l'histoire des États-Unis à travers différentes périodes.

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