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Licence to kill (1989) - John Glen


Licence to kill est le premier James Bond que j'ai vu au cinéma. A l'époque, j'avais été un peu déçu, le canevas scénaristique étant similaire à de nombreuses productions cinématographiques des années quatre-vingts, à savoir une histoire de vengeance sur fond de trafic de drogue.

Depuis, je l'ai revu à la hausse. En effet, bien qu'il s'agisse pour la première fois d'un titre non issu des écrits de Ian Fleming, il me semble plutôt fidèle à l'esprit du créateur de James Bond. Il s'inspire d'ailleurs d'éléments qui avaient été ignorés dans les précédentes adaptations, en premier lieu la mutilation de Felix Leiter (David Hedison), jeté dans la mâchoire d'un requin, événement dramatique qui intervient dans le roman Live and let die mais entièrement ignoré dans sa pitoyable adaptation de 1973.

Dans Licence to kill, Leiter est jeté au requin alors qu'il vient tout juste de se marier. Parallèlement, Della, son épouse, sera tuée (et certainement violée mais le film reste muet à ce sujet). Rejetant les injonctions de M, son supérieur, James Bond se lancera alors dans une vendetta personnelle pour anéantir Franz Sanchez (Robert Davi), baron de la drogue et responsable des crimes.

Alors que The living daylights hésitait à s'affranchir de l'humour de Roger Moore, Licence to kill l'abandonne complètement, permettant ainsi à Timothy Dalton d'interpréter un James Bond plus fidèle au personnage littéraire, ce qui n'est pas pour me déplaire. L'acteur se montre franchement convaincant et le film se veut plus violent que les précédents. Il fut d'ailleurs interdit aux moins de douze ans en France.

Licence to kill met donc en scène l'infiltration de Bond au cœur de l'organisation de Sanchez pour la déstabiliser et remonter jusqu'à lui pour accomplir sa vengeance. Il est aidé par Pam Bouvier (Carey Lowell), un contact de la CIA puis par Q (Desmond Lewelyn), le monsieur gadgets du MI6. Le final qui consiste en un long enchaînement de cascades à bord, entre autres, de camions citerne est l'un de mes moments favoris de toute la saga. Encore aujourd'hui, plusieurs explosions (réalisées en vrai, les effets numériques n'avaient pas encore envahi le cinéma) sont impressionnantes.

Après ce film, en raison de conflits juridiques, aucun Bond n'a vu le jour avant 1995, une situation inédite puisque depuis Dr No en 1962, un nouveau Bond apparaissait à peu près tous les deux ans. Un peu résigné, je m'étais dit que Licence to kill représentait une bonne conclusion pour ce personnage qui avait traversé trois décennies. En effet, renvoyé du MI6 pour avoir désobéi à son supérieur, James Bond avait fini par se faire oublier. Et GoldenEye est sorti.

Au sujet de sa violence, dans la première édition du film en DVD sorti au début des années 2000, trois scènes avaient été édulcorées. Il s'agit du moment de la mutilation de Leiter, l'explosion de la tête de Milton Krest (Anthony Zerbe) et le passage de Dario (Benicio del Toro) dans une broyeuse à cocaïne. J'avais vu Licence to kill tellement de fois que les coupures m'avaient tout de suite sauté aux yeux. L'édition suivante rétablira les scènes telles qu'elles avaient été originellement montées et le Blu-ray les garde également intactes.

Une fois de plus, l'image du Blu-ray permet de profiter pleinement du film et de découvrir des détails qui étaient auparavant imperceptibles.

Commentaires

  1. Deuxième et dernier Dalton, qui aurait mérité une plus longue carrière dans le rôle. Et une mention vraiment très spéciale à l'excellent Robert Davi dans le rôle de Sanchez.

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  2. Oui, seulement deux Bond pour Timothy Dalton, c'est regrettable et frustrant. Pour l'avoir vu dans d'autres films, il est vraiment très bon acteur ; et Robert Davi fait partie des ennemis les plus marquants des James Bond.

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  3. Bonjour Gaspard,

    Je lis depuis quelques temps déjà votre blog, particulièrement pour les critiques des livres et films de James Bond ainsi que pour les commentaires de Jacques Layani souvent pertinents. Aussi j'attendais avec curiosité la critique de permis de tuer, car ce film me pose un problème bien qu'il fasse partie des bond movie de bon cru.

    Vous avez mentionné à plusieurs reprises que, dans les romans, James Bond n'éprouve pas de plaisir à tuer, cela lui cause parfois des problèmes de conscience. Cette dimension donne de la profondeur au personnage et fait la raison d'être du permis de tuer signifier par le double O du matricule de Bond. S'il exécute cette basse besogne chez Fleming, c'est toujours dans le cadre d'une mission et sous couvert de son permis de tuer, et c'est là que le film me pose problème. James bond s'engage dans une vendetta meurtrière toute personnelle alors qu'il me semblerait logique que le film s'arrête au moment ou M retire à Bond son permis de tuer. A aucun moment Sanchez menace les intérêts britannique, il faut le dire, et il serait logique que 007 en prenne conscience.

    Mis à part ça et les rapports un peu crétins que 007 entretient avec les bond girl du film, je trouve le scénario intéressant et l'infiltration de Bond dans l'organisation de Sanchez réussie. Mais ma préférence va tout de même à Living Daylight pour les deux films de Timothy Dalton.

    Nicolas.

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  4. Eh oui, mais c'est toute la question de Bond au cinéma, que les scénaristes ont éloigné durant très longtemps de l'esprit de Fleming. Il agit ici pour une vendetta personnelle, en effet. Cela dit, rappelons-nous que, dans le film Goldfinger, M-Bernard Lee disait à Bond-Connery, lors de son entrevue dans son bureau, après la mort de la fille peinte en or, qu'il ne devait pas exécuter sa mission comme une vengeance personnelle et que, s'il devait en être ainsi, elle serait confiée à un autre agent 00. Finalement, cette notion (ou ce risque) de vendetta ne serait-il pas plus ou moins permanent dans les scénarios du Bond cinématographique ? Je pose simplement la question, sans être certain de la réponse.

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  5. Le risque de vendetta est inhérent à tout homme à qui l'on confie la responsabilité d'un permis de tuer, d'où la présence de M pour sanctionner ces éventuels dérapages. D'ailleurs, pour ce qui concerne le personnage de M, les films me semblent cohérent avec l'esprit du personnage littéraire et votre rappel de la scène de Goldfinger en est un parfait exemple. Je parlais plus précisément de l'acte de tuer en lui même et du rapport que 007 entretient avec cette responsabilité qui lui est confiée. Dans Permis de tuer, James Bond n'est plus 007 et pourtant il tue, ce qui est à mon sens, incompatible avec le Bond littéraire. Mais vous l'avez dit, les scénaristes des films se sont trop longtemps éloignés des subtilités de la création de Fleming, et s'il ne l'avaient pas fait, qui sait si la série en serait à son 24ème film plus de 50 ans après le premier. Cela dit, il est heureux de trouver dans les films avec Daniel Craig un James Bond plus proche de l'esprit des romans.

    Merci de votre réponse Jacques, et c'est tout de honte empourpré que je vous avoue ne pas encore avoir lu votre livre On ne lit que deux fois Ian Fleming. J'espère que votre ouvrage est encore édité pour pouvoir réparé cette indélicatesse de ma part.

    Nicolas.

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  6. Oh, pas d'inquiétude, vous n'avez pas à avoir honte, vous savez, il n'y a pas de quoi. Si vraiment le livre vous tente, on trouve encore des exemplaires, neufs ou d'occasion, sur les différents sites de vente. C'est vrai que le M des films est assez conforme à celui des livres, vous avez raison de le préciser car on ne parle pas beaucoup de cela, il me semble.

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  7. Les libertés par rapport aux livres existent au cinéma depuis le début. Oui, James Bond répugne à tuer dans les livres de Ian Fleming et pourtant, paradoxalement, je trouve Licence to kill fidèle à ce qu'a construit son créateur. Ce qui arrive à Leiter est directement issu de Live and let die, le roman. Après la période Roger Moore, la plus déplorable, on ne peut que se féliciter de ce rapprochement. Le personnage de Milton Krest vient également d'une nouvelle de For your eyes only (The Hilderbrand rarity). N'oublions pas non plus que M se sert de James Bond pour accomplir une vengeance, l'assassinat des Havelock dans For your eyes only (la nouvelle bien sûr).
    Ensuite, James Bond n'est pas non plus un saint, Ian Fleming n'a pas donné naissance à un personnage lisse et irréprochable, loin de là. Toujours dans Live and let die, il ne fait pas appel à la justice institutionnalisée pour venger Felix Leiter. Il applique également sa propre loi pour venger Tracy. Cet épisode est d'ailleurs mentionné dans Licence to kill et ce n'est pas un hasard.
    Pour finir, je suis bon public vis-à-vis des histoires de vengeance, elles doivent peut-être réveiller en moi des instincts primaires qu'il faut évidemment retenir en société.
    Licence to kill me semble donc très fidèle à Ian Fleming. N'oublions pas que dix ans auparavant, nous avons eu droit à Moonraker...

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  8. Vous avez raison, Gaspard, de préciser que le James Bond littéraire n'est pas un personnage lisse et irréprochable. Cela dit, dans Live and let die, James Bond venge Félix Leiter dans le cadre d'une mission que lui a confié M, et il en est de même pour la nouvelle The Hilderbrand Rarity. Quant à On ne vit que deux fois, le roman, là encore, c'est dans le cadre d'une mission que Bond retrouve par hasard Blofeld, qu'il exécute, tout en vengeant la mort de Tracy, sur demande des services secrets japonais, en échange de la demande de collaboration qu'il est venu négocier sur l'ordre de M.
    Il me faut également préciser que ce qui m'avait enchanté à la première vision de Permis de tuer, est justement l'utilisation des passages non exploité du roman Live and let die dans le regrettable film du même nom, au profit d'une histoire inédite. Je suis donc plongé dans le même paradoxe que vous, Permis de tuer est fidèle à Ian Fleming, mais...

    Il est vrai que Timothy Dalton revenait à une interprétation plus sérieuse du personnage après les pitreries de Roger Moore et ce point d'orgue dans la bêtise qu'est Moonraker. Et pourtant je visionne avec un vrai plaisir non dissimulé le précédent opus de Roger Moore : L'espion qui m'aimait. Là encore, paradoxe...

    Merci de ta réponse, Gaspard.

    Nicolas.

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  9. Pardon, je viens de trouver une erreur dans mon précédent commentaire en ce qui concerne la nouvelle The Hilderbrand Rarity. Je parlait bien sûr de For your eyes only. Vous aurez rectifié de vous même je pense...

    Nicolas.

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  10. Jacques, j'ajouterai à propos de M, qu'il est remarquable que l'excellente interprétation de Judi Dench soit également conforme au personnage des romans. Quant à la honte qui m'empourpre à l'idée de ne pas encore avoir lu votre livre, n'y voyez là qu'un clin d’œil à Pierre Desproges dont j'aime parfois grossièrement singer le style délicat lorsque la plume me crapahute.

    Nicolas.

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  11. Oui, c'est bien ainsi que je l'entendais : M est conforme au personnage des livres, qu'il s'agisse de M homme ou de M femme. D'ailleurs, je le dis souvent, avoir fait de M une femme est une des meilleures idées de l'histoire de la série et avoir confié le rôle à Judi Dench était un coup de génie. J'ai beaucoup d'admiration pour les interprétations qu'elle fit dans ce rôle.

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  12. En quelques films, Judi Dench a apporté plus que Bernard Lee et Robert Brown réunis. Avant elle, les scénaristes n'ont laissé que trop peu d'occasions pour développer le personnage de M vis-à-vis de James Bond. Bien souvent, l'interaction se limite à un bref exposé dans un bureau.

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  13. L'interprétation de Judi Dench est riche, et Skyfall est une sortie royale pour elle. Mais je crois comprendre que Spectre verra passé cette grande actrice une dernière fois. J'ajoute que le passage de relais à Ralph Fiennes est un bonheur. Le personnage de M bénéficie d'ailleurs d'un casting de qualité jusque là.
    Et pour clore, Jacques, ma honte toute relative et excessivement théâtrale de mes derniers commentaires, j'ai commandé votre livre hier...

    Nicolas.

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