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Solo. A James Bond novel (2013) - William Boyd

"James Bond rêvait. Chose curieuse, il sut aussitôt où et quand le rêve prenait place : pendant la guerre en Normandie alors que, très jeune, il marchait le long d'un sentier encaissé, un chemin de terre entre deux haies d'épines noires. Dans son rêve, à un tournant, il apercevait sur le bas côté de la route boueuse, au creux d'un fossé peu profond, les corps détrempés de trois parachutistes anglais, les uns sur les autres. Choqué, il s'arrêtait d'instinct pour les regarder - le tas inerte qu'ils formaient aurait pu passer pour une bizarre levée de terre, une grosse excroissance végétale en train de pousser là, et non pour trois êtres humains -, mais un hurlement furieux venu de l'arrière lui ordonna d'avancer."

Solo n'est pas le premier roman mettant en scène James Bond depuis la mort de Ian Fleming, loin de là. En fait, dès 1968, Kingsley Amis, sous le pseudonyme de Robert Markham, avait livré un Colonel Sun avec l'agent secret pour personnage principal ; puis d'autres auteurs en furent chargés : John Gardner, Raymond Benson etc. Pour en avoir lu la plupart il y a plusieurs années, je n'ai quasiment plus de souvenirs de leur contenu, de leurs intrigues tant ils ne sont pas très bons. Solo est donc le dernier en date d'une assez longue série de suites littéraires bondiennes.

Verdict ?

Les premières pages, avec ce jeune James Bond soldat au moment du débarquement allié, sont intéressantes (au sein de l'unité créée par Ian Fleming lui-même pendant le seconde guerre mondiale, l'hommage est sympathique) mais dès que William Boyd installe son intrigue en 1969, c'est-à-dire peu d'années après les derniers ouvrages parus de Ian Fleming, The man with the golden gun et Octopussy and The living daylight, l'histoire commence à traîner en longueur pendant une bonne moitié du livre, durant la mission de 007 au Zanzarim, un Etat africain fictif en pleine guerre civile. La suite est plus convaincante malgré plusieurs défauts et la révélation du fond de l'intrigue que l'on peut supposer avant d'avoir atteint le milieu du livre. On est finalement loin de l'univers de Ian Fleming, et de son style, alors que l'auteur se veut dans sa continuité. En effet, il annonce avant le début de son roman : "Je m'en suis remis, pour ce roman, aux détails de la vie et, plus généralement, à la biographie de James Bond parus dans la nécrologie d'On ne vit que deux fois, le dernier ouvrage de Ian Fleming publié de son vivant. Il est raisonnable de supposer que ce sont là les faits essentiels concernant Bond et son existence que l'auteur souhaitait voir introduire dans le domaine public - et qui feraient litière des anomalies et illogismes divers figurant dans les précédents romans. Par conséquent, en ce qui concerne ce livre, et conformément à la décision de Ian Fleming, James Bond est né en 1924."

L'intention est louable. Je ne me souviens pas que John Gardner et Raymond Benson, pour ne citer qu'eux, se soient réellement souciés de ce qu'avait créé Ian Fleming. Hélas, William Boyd n'est pas Ian Fleming. Si espérer retrouver l'ambiance installée par le créateur de James Bond dans chacun de ses récits chez un autre auteur est finalement une vaine attente, l'histoire écrite par William Boyd manque d'intérêt et de mon point de vue, l'auteur a commis quelques erreurs. Ainsi, par exemple, il y a une scène entre James Bond et miss Moneypenny. Ce genre de moment n'existe que dans les films, miss Moneypenny n'étant qu'un personnage très secondaire chez Fleming et même quasiment inexistant. Il avait pourtant créé Loelia Ponsonby, la secrétaire personnelle de James Bond. William Boyd aurait aussi pu utiliser Mary Goodnight, l'ex secrétaire de la section "00" qui apparait dans The man with the golden gun ; mais il semble finalement que William Boyd ait choisi d'ignorer l'ouvrage où James Bond affronte Francisco Scaramanga, celui-ci n'ayant pas été achevé par Ian Fleming. De plus, si l'on veut être encore plus précis dans la liaison avec Fleming, James Bond n'est plus 007 depuis You only live twice mais 7777.

Je n'ai pas non plus retrouvé le James Bond dépressif développé par Ian Fleming. Le héros devient ici un personnage assez fade, William Boyd le rendant très violent, presque sadique dans plusieurs passages comme s'il n'avait trouvé que ce procédé pour lui donner un peu de consistance. Or, chez Ian Fleming, James Bond ne prend jamais plaisir à tuer même lorsqu'il s'agit de venger l'assassinat de Teresa, sa propre femme dans You only live twice. Dans ce cas, j'y avais surtout vu une infaillible détermination.

Que penser aussi de Brig Leiter, le neveu de Felix Leiter ? Les services secrets américains ne seraient donc qu'une société familiale ? Ce n'est pas très crédible, William Boyd n'avait nullement besoin de créer ce personnage qui apparait comme un lapin sorti du chapeau d'un magicien.

Enfin, j'ai aussi deviné avant sa révélation le fond de l'intrigue. Il n'y avait pas non plus de grandes révélations finales chez Fleming mais son imagination fonctionnait sur d'autres ressorts qui excitaient tout autrement le lecteur.

Commentaires

  1. Ce livre est trop long. Un roman d'espionnage doit être vif, dense. Ici, tout est délayé, tout est ennuyeux. A défaut du génie imaginatif de Fleming, ses successeurs pourraient peut-être avoir le sens du rythme et celui de la mesure. Mais non...

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  2. Je suis assez d'accord. Comme je le dis, c'est la première moitié qui m'a semblé interminable, la seconde a un peu plus retenu mon attention.

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