Accéder au contenu principal

Kaïken (2012) - Jean-Christophe Grangé

"La pluie.
Le mois de juin le plus merdique de tous les temps.
Depuis plusieurs semaines, la même rengaine, grise, trempée, glaciale. Et c'était encore pire la nuit. Le commandant Olivier Passan fit claquer la culasse de son Px4 Storm SD et le posa sur ses genoux, cran de sûreté levé. Il reprit le volant de la main gauche et sait de l'autre son Iphone. Le programme GPS tournait sur l'écran tactile, éclairant son visage par en dessous, façon vampire. 
- On est où ? grogna Fifi. Putain, on est où, là ?
Passan ne répondit pas. Ils roulaient lentement, phares éteints, distinguant à peine le décor. Un labyrinthe circulaire, à la Borges. Des murs courbes tapissés de briques et d'enduit rosâtre, multipliant les entrées, les allées, les détours, mais repoussant toujours l'intrus vers l'extérieur, à la manière d'une muraille de Chine qui tournerait sur elle-même, protégeant un centre mystérieux.
Le labyrinthe n'était qu'une cité classée ZFU : zone franche urbaine. Le Clos-Saint-Lazare, à Stains."
 
De Jean-Christophe Grangé, je n'avais lu que Les rivières pourpres après avoir vu l'adaptation de Mathieu Kassovitz, pour constater que ce qu'avait écrit Grangé était plus intéressant (et pourtant, malgré ses défauts, j'apprécie assez le film).

Comme c'est le cas régulièrement, c'est sur les conseils de ma compagne que je me suis mis à la lecture de Kaïken.

Dès le début, Grangé embarque le lecteur dans un récit où un tueur en série s'en prend à des femmes enceintes qu'il éventre pour détruire leur fœtus dans une mise en scène morbide en région parisienne. L'OPJ Olivier Passan est chargé de l'enquête. Passionné de culture japonaise, il doit faire face à son prochain divorce d'avec sa femme, Naoko, une japonaise qui n'en peut plus de son regard romantique sur son pays d'origine.

Les chapitres sont assez courts et le rythme est rapide, donnant ainsi l'impression que Passan est constamment à cran, dans son enquête comme dans sa vie privée. La tension s'intensifie encore plus lorsque des indices font comprendre que le tueur sait qui est le flic qui le traque et qu'il accède sans problème à l'intérieur de son domicile.

Passan a de sérieux soupçons envers une personne qu'il cible grâce à un faisceau d'indices mais est-ce réellement elle l'auteur des crimes ? Le romancier entretient habilement le doute et parvient à créer un suspense prenant sur ce point. Il m'est même arrivé de douter de la santé mentale de Passan en me demandant si ce n'était pas lui le tueur et l'auteur de ce qui se passe dans sa maison. En tout cas, alors que je supposais une fracture psychologique chez Passan, de nouvelles révélations vont venir confirmer des points de sa personnalité.

En fonction du récit, il m'est également arrivé de supposer, même si l'éventualité paraissait un peu grosse, que Naoko n'était pas neutre dans les événements qui s'enchaînent dans leur domicile. L'issue de ce thriller sera encore plus surprenante que ce qu'il est possible d'imaginer et s'inscrit dans un débat très actuel. Jean-Christophe Grangé a réussi un récit qui tient constamment en haleine et qui joue sans cesse avec le mental du lecteur, même si dans les derniers chapitres le rythme ralentit un peu, l'auteur se perdant dans des détails pas nécessairement pertinents ; c'est un peu dommage. Sans cette faiblesse, Kaïken est un quasi sans faute.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Le père Noël est une ordure (1982) - Jean-Marie Poiré

L'année dernière, à l'approche de Noël, j'avais choisi de chroniquer The Polar express, que je venais de découvrir en Blu-ray 3D. Pour 2012, changement de registre puisque j'ai opté pour Le père Noël est une ordure. J'ai souvent entendu les gens affirmer qu'ils préféraient la pièce de théâtre, personnellement je préfère le film. En effet, on trouve des ajouts de personnages, de situations et de dialogues dans le film qui sont aussi drôles que l'ensemble des éléments provenant directement de la pièce.
En arrivant pour leur permanence du réveillon de Noël, les bénévoles de l'association SOS détresse amitié n'ont aucune idée de la nuit agitée qu'ils vont vivre. Les catastrophes vont s'enchaîner les unes après les autres jusqu'au petit matin.
Ils étaient drôles les membres de l'équipe du Splendid (Thierry Lhermitte, Gérard Jugnot, Josiane Balasko, etc.), il y a 30 ans. Ils étaient jeunes, neufs et apportaient un souffle nouveau en dépou…

Kokuriko zaka kara (2011) - Goro Miyazaki

"Les dessins animés japonais qui sont exécrables, qui sont terribles". Cette affirmation est de Ségolène Royal, formulée au cours de l'émission Midi 2 (extrait visible sur le site de l'ina ICI) en 1988 alors qu'elle venait défendre un amendement législatif pour la protection des enfants concernant la violence dans les programmes de télévision. Il y aurait beaucoup à dire sur le conservatisme, la condescendance, les préjugés et même une certaine forme de populisme qui l'animent pendant ce moment mais j'en resterai au sujet qui m'intéresse de développer ici, à savoir ces fameux dessins animés japonais. Elle a continué en 1989 dans un livre, Le ras-le-bol des bébés zappeurs, où elle s'en prend toujours à ces dessins animés japonais où elle n'y voit que la pire expression de la violence au sein d'histoires minimalistes et forcément la cause de tous les maux qui traumatisent la jeunesse française. Les politiques ne sont jamais responsables de …

Les bronzés 3 : Amis pour la vie (2006) - Patrice Leconte

Quand j'ai posté un court article à propos de la comédie Les bronzés le 20 août 2012, j'étais loin de m'imaginer qu'il allait connaître le succès qu'il connait encore aujourd'hui. Au dernier rapport mensuel de statistiques fait le 25 mai dernier, il était 3ème des 10 articles les plus lus de mon blog. Depuis un moment, il est lu 15 à 20 fois par jour. Pourtant, ce n'est pas ce que j'ai écrit de plus intéressant et il y a évidemment des films nettement plus intéressants même dans le seul registre de la comédie. Seulement voilà, c'était l'été et Les bronzés est devenu un classique de la comédie estivale que j'avais revu pour l'occasion, toujours avec le même amusement. J'aime bien voir et revoir des films à la période de l'année dans laquelle ils s'inscrivent.

Je dois bien l'avouer, c'est dans l'idée de réitérer le même succès de lecture que j'ai posté un autre article sur la suite Les bronzés font du ski en pé…