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Frankenstein (1931) - James Whale


Quand j'étais en CE2, je me souviens qu'une chaîne de télévision, Antenne 2 peut-être ou FR3, avait programmé plusieurs classiques de l'épouvante dont Dracula que j'ai chroniqué ICI, Frankenstein ainsi que d'autres. Programmés tard le soir, j'avais tanné mes parents pour pouvoir les regarder, mon insistance s'étant soldé par un échec. Je me souviens aussi qu'à l'école, les copains et moi nous étions partagés notre frustration de n'avoir pu voir ces films, ces monstres nourrissant notre imagination d'enfant. Il y en avait un, Laurent C, un doublant, qui du fait qu'il était plus âgé que nous, s'était permis de nous dire que nos parents avaient raison de nous censurer parce que Frankenstein était un monstre avec plein de cicatrices sur le visage, ce qui pouvait nous traumatiser. Je n'avais aucune leçon à recevoir de quiconque sur mes attraits cinématographiques et certainement pas d'un doublant. Je me souviens, je lui avais collé une mandale dans la tronche.

30 ans plus tard, je vois enfin Frankenstein. Laurent C avait menti. Frankenstein n'a pas le visage couvert de cicatrices parce que celui-ci est le savant qui créé l'être à partir de différents morceaux de cadavres humains. De plus, cet être, communément appelé la créature de Frankenstein n'a pas non plus le visage rempli de cicatrices et il n'est pas si effrayant que ça. Bon, c'est vrai, le film a plus de 80 ans. Ce qui était effrayant à l'époque, ne l'est plus aujourd'hui, surtout après huit décennies de surenchères dans le genre. Malgré cela, le film n'a pas pris une ride et ses qualités, principalement esthétiques, sont indéniables.

Entre ambiances gothiques et expressionnistes, le film offre de nombreuses images toujours saisissantes de nos jours, du cimetière où Henry Frankenstein (Colin Clive) et Fritz (Dwight Frye) son assistant viennent se fournir en cadavres jusqu'au moulin en feu où l'histoire se conclue sans oublier le laboratoire en haut d'une vieille tour de guet.

Les acteurs participent évidemment à la réussite de Frankenstein à commencer par Boris Karloff qui interprète la créature. Par sa gestuelle, l'acteur fait preuve d'indéniables subtilités conférant à son personnage une profonde humanité. La créature est une victime suscitant l'empathie plus qu'un monstre provocant la terreur. Persécuté par Fritz et sa torche en feu, il est rejeté par son créateur qui ne sait finalement pas quoi faire de lui. La scène où il jette à l'eau la petite fille Maria (Marilyn Harris) est terrible, il ne se rend pas compte qu'il vient de la noyer pensant que celle-ci allait flotter comme les fleurs qu'ils se sont amusés à lancer dans l'eau.

Il y a également ce passage toujours aussi dramatique aujourd'hui où la caméra suit le père de Maria, le corps de sa fille noyée dans ses bras, traversant le village en fête en célébration du mariage du docteur Frankenstein et d'Elizabeth (Mae Clarke). Progressivement, les villageois cessent de danser et de boire et se regroupent un à un derrière lui qui va déposer son enfant devant le bourgmestre. Très moderne pour l'époque. S'en suivra la traque de la créature.

Je n'ai pas lu le roman de Mary Shelley. Apparemment, des libertés et des raccourcis ont été pris par rapport à celui-ci. Malgré cela et sa courte durée, à peine 1h15, Frankenstein reste un bijou du cinéma d'épouvante. La restauration désormais visible sur le blu-ray ne fait qu'augmenter le plaisir. J'avais vu l'adaptation de Kenneth Branagh avec Robert De Niro dans le rôle du monstre et bien que sa fidélité à l'oeuvre d'origine soit reconnue, il ne m'avait pas autant impressionné.

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