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Dr No (1962) - Terence Young


2012 voyait James Bond fêter ses 50 ans d'existence cinématographique et la sortie de Skyfall fut le point d'orgue de cette année bondienne. Un James Bond day a aussi été institué le 05 octobre, date de la sortie de Dr No en 1962, premier opus d'une série de films qui a marqué et influencé le cinéma jusqu'à nos jours. Cette année anniversaire a vu aussi la sortie à la fin du mois de septembre d'un coffret réunissant toutes les aventures de l'agent secret britannique en blu-ray à l'exception de Never say never again qui ne fait partie de la liste des productions EON et bien évidemment de Skyfall. Heureux fus-je de recevoir le coffret un mois plus tard, pour mon 38ème anniversaire de la part de mes parents et ma soeur.

Les James Bond, je les ai eu sur tous les supports. D'abord enregistrés à la télévision puis en VHS achetés dans le commerce, les DVD m'ont permis de découvrir les versions originales et maintenant, j'entreprends de les revoir une fois de plus en blu ray. Combien de fois les ai-je vu ? Je n'en ai aucune idée mais pour certains, ça doit dépasser l'entendement et ce n'est pas le cadeau du coffret blu ray qui va me faire entendre raison. J'ai mes préférés, certains me plaisent moins et quelques-uns sont à mes yeux de vrais navets. Je ne me suis cependant jamais lassé de leurs multiples visionnages, m'imposant parfois des périodes où je les ai mis un peu de côté pour justement garder mon enthousiasme à l'égard de ce personnage qui m'accompagne depuis 1988, date à laquelle j'ai découvert Dr No, me faisant ainsi plonger dans la Bondmania.

Dr No justement. Etait annoncée pour chaque film une qualité technique exceptionnelle, chacun ayant fait l'objet d'une minutieuse restauration ; et après avoir vu celui qui a inauguré la saga James Bond, je ne peux qu'être confiant sur les épisodes suivants. Il s'agit tout simplement d'une redécouverte. L'image est splendide, très certainement respectueuse du travail d'origine et révélant des détails que je n'avais jamais remarqués auparavant. Le travail de Lowry Digital au sujet duquel on peut voir un petit reportage en bonus, a effectué un travail fabuleux. S'agissant du son, là aussi, l'équilibre n'a jamais été aussi agréable malgré parfois quelques légers défauts de voix étouffées.

Dr No est un film de série B. En ce début des années 60, le film possède un style qui le rapproche du cinéma d'aventures et des serials des années 50 mais apporte des éléments novateurs et originaux : Le personnage de James Bond lui-même, la violence et l'érotisme.


James Bond est magnifié dès le début par le gunbarrel mais surtout dès son apparition à une table de Baccara d'un casino privé. Quelques plans sur ses mains, sa silhouette de dos puis enfin le visage apparait, "Bond. James Bond" en allumant une cigarette et en réponse à Sylvia Trench (Eunice Gayson) qui lui demande son nom. Tout au long du film, les éléments fondateurs se mettent en place : Walther PPK, Vodka-Martini "shaken not stirred", costumes sur mesure mais aussi sa violence.

Sean Connery tient bien le rôle mais, après avoir relu ces derniers mois quasiment tous les livres de Ian Fleming, on peut déjà remarquer que des libertés sont prises dès la première adaptation : personnages n'existant pas dans l'oeuvre littéraire (Sylvia Trench, le professeur Dent), présence de Felix Leiter, l'ami américain de James Bond, alors qu'il est absent du roman (joué ici par Jack Lord, excellent choix), projets du Dr No différents (dans le livre, on apprend qu'il peut travailler pour plusieurs organisations alors que dans le film, il est membre du S.P.E.C.T.R.E) mais surtout la personnalité de 007 présente une différence majeure. Chez Fleming, James Bond n'aime pas tuer et le lecteur a régulièrement droit aux scrupules de l'agent quand il s'agit de le faire. Ici, lorsqu'il assassine le professeur Dent, il se montre implacable, sans aucune hésitation pour le tuer de sang froid alors qu'il est désarmé et apparaît complètement indifférent à sa mort. Bien sûr, cette violence semble très éloignée de ce à quoi on peut assister aujourd'hui au cinéma mais il faut savoir se replacer dans le contexte de l'époque pour se rendre compte de l'impact qu'elle pouvait avoir sur le public.

L'érotisme aussi parait bien désuet. On évoque aussi souvent Ursula Andress, qui joue Honey Rider et dont la sortie des eaux en bikini a beaucoup fait parler d'elle. Si aujourd'hui, la scène a perdu de sa puissance provocatrice, le plan reste parfaitement saisissant et la restauration en permet une entière redécouverte. Personnellement, bien que l'ayant déjà vu au moins une dizaine de fois... j'étais bouche bée. La sexualisation ne concerne pas uniquement ce moment. James Bond est un héros à la sexualité libérée, ce qui pouvait surprendre en 1962. Presque toutes les femmes qu'il croise tombent sous son charme... à part bien sûr Miss Moneypenny. D'ailleurs, on apprend dans les bonus que Lois Maxwell avait le choix entre le rôle de la secrétaire de M et celui de Sylvia Trench. Elle refusa ce dernier car il nécessitait de se trouver peu vêtue à l'écran. Bien lui en a pris, elle joua Moneypenny à 14 reprises jusqu'en 1985. Il est d'ailleurs intéressant de constater l'importance que prend ce personnage dès le début alors que dans les romans, il est très peu présent, presque inexistant.

Un petit regret : l'incroyable combat qu'avait écrit Ian Fleming entre James Bond et une pieuvre géante est absent du film.

Malgré les années, Dr No reste toujours plaisant à regarder grâce à une intrigue qui va à l'essentiel et la mise en scène efficace de Terence Young qui sait utiliser intelligemment ses acteurs et les décors, qu'ils soient naturels ou en studios.


Commentaires

  1. Dès le début, les scénaristes ont commis l'erreur de mêler des éléments disparates, tirés des romans. Ils ont ainsi brisé la cohérence de la série romanesque, gaspillé des situations et commis d'énormes bévues -- la dernière en date étant de faire mourir Mathis dans Quantum of solace, alors qu'on avait trouvé, pour l'incarner, l'acteur idéal.
    Il est vrai que les premiers scénaristes ne pouvaient se douter que, cinquante ans plus tard, tout continuerait.

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  2. Oui, faire mourir Mathis a été une grosse erreur. L'acteur Giancarlo Giannini était impeccable et sa disparition prive les auteurs et les spectateurs d'un personnage à la fois sympathique et intéressant. Il suffisait aux scénaristes de l'utiliser avec intelligence.

    Des erreurs dans les adaptations, il y en a eu régulièrement mais il faut aussi reconnaître que certaines sont vraiment très bonnes (j'aime beaucoup Opération tonnerre ou Au service secret de Sa Majesté, par exemple). Il faut se dire que c'est un autre univers, parallèle, à la fois similaire et différent. Quant aux films non issus des romans et nouvelles, certains sont plutôt de bons divertissements (Permis de tuer, GoldenEye)et même excellents pour certains (Skyfall). Certaines créations originales valent mieux que certaines adaptations (les mauvais Vivre et laisser mourir, Moonraker).

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