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Le coma des mortels (2016) - Maxime Chattam

"Je ne veux pas vous mentir.
Pourtant, il faut que je vous l'avoue pour commencer : je vais le faire. Je l'ai même déjà fait.
Je ne vous dirai pas tout. J'en suis incapable. La vérité vraie, celle des faits, celle qui rassemble les hommes parce qu'ils savent la même chose, celle-là je ne vous la raconterai pas. Pas tout à fait. Ce serait comme de s'ouvrir délicatement la boîte crânienne pour exposer l'intimité de son cortex en guise de présentation de sa personnalité. Et dans mon cas ce serait s'injecter une bonne dose d'acide à même les deux hémisphères et les faire fondre lentement. Il ne faut pas sous-estimer la puissance corrosive de la vérité. Explosive, parfois." 

Il s'est lâché, Maxime Chattam! 

Son style était déjà assez percutant, presque outrancier parfois, avec Le coma des mortels, il envoie les uppercuts dans la tête du lecteur avec un cynisme constant, et qui m'ont valu quelques fous rires.

Pierre a tout abandonné, travail, famille, amis. Il est, comme il aime à le répéter, un homme neuf, un nouveau né en quelque sorte ; mais il est sacrément dérangé. Et comme si sa folie attirait d'autres fous, la plupart des personnes qu'il se met à côtoyer semble aussi dérangée du ciboulot.

J'ai aussi trouvé qu'il y avait une ambiance assez proche du film de David Fincher sorti en 1999, Fight Club. Certaines réflexions pourraient très bien y trouver leur place.

Mais à ce jeu de la phrase qui claque, de la réflexion qui frappe, de la pensée qui abat, il faut savoir maintenir la distance. A la moitié du livre, j'ai eu une impression de flottement, le sentiment que Maxime Chattam s’essoufflait un peu et ne savait plus réellement la direction à prendre.

Apparait alors un personnage iconoclaste, Antoine, un petit vieux qui ramasse des objets oubliés dans l'espace public et qui retrouve presque instantanément ses propriétaires. Pierre, intrigué, décide de l'observer et de l'aborder. Dans cet univers brutal, Antoine apporte un peu de poésie ; alors que parallèlement, les collègues de Pierre tombent comme des mouches, violemment assassinés. Pierre fait d'ailleurs parti des suspects.

Maxime Chattam accélère ensuite le rythme et monte la tension jusqu'au dernier chapitre... enfin, plutôt jusqu'au premier puisqu'il a fait le choix de raconter son histoire à l'envers. Le procédé n'est pas nouveau, il a déjà été utilisé au cinéma comme en littérature mais il crée une attente qui, si l'art du récit est suffisamment maîtrisé, peut laisser le lecteur ou le spectateur sous le choc, convaincu de s'être laissé embobiné sans avoir décelé quoi que ce soit.

Concernant le final du dernier Chattam, le constat est plutôt à la déception en ce qui me concerne. "Tout ça pour ça", me suis-je dit. Si l'auteur a tenté de démontrer quelque chose, c'est en vain. Si ce n'est pas le cas, somme toute, ce texte, à quoi bon?

J'ai donc plus l'impression d'avoir lu un exercice de style, souvent amusant, mais sans véritable fond. C'est dommage.

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