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La modification (1957) - Michel Butor

"Tu n'aurais pas un bouquin à me proposer ? Je ne sais pas quoi lire."

C'est ce que j'ai demandé à JustmeFanny peu de temps après avoir fini le recueil de nouvelles de Maupassant. Quelques minutes plus tard, elle me tendait La modification en disant qu'elle l'avait lu il y a longtemps et qu'elle en avait un bon souvenir.

"Vous avez mis le pied gauche sur la rainure de cuivre, et de votre épaule droite vous essayez en vain de pousser un peu plus le panneau coulissant.

Vous vous introduisez par l'étroite ouverture en vous frottant contre ses bords puis, votre valise couverte de granuleux cuir sombre couleur d'épaisse bouteille, votre valise assez petite d'homme habitué aux longs voyages, vous l'arrachez par sa poignée collante, avec vos doigts qui se sont échauffés, si peu lourde qu'elle soit, de l'avoir portée jusqu'ici, vous la soulevez et vous sentez vos muscles et vos tendons se dessiner non seulement dans vos phalanges, dans votre paume, votre poignet et votre bras, mais dans votre épaule aussi, dans toute la moitié du dos et dans vos vertèbres depuis votre cou jusqu'aux reins.

Non, ce n'est pas seulement l'heure, à peine matinale, qui est responsable de cette faiblesse inhabituelle, c'est déjà l'âge qui cherche à vous convaincre de sa domination sur votre corps, et pourtant, vous venez seulement d'atteindre les quarante-cinq ans." 

Ainsi débute La modification. J'ai eu un peu de mal à entrer dans le récit. En cause le mode de narration qui utilise le vouvoiement, technique invitant le lecteur à se sentir concerné par ce qu'il se passe. Quand même intrigué par cette originalité et curieux du sentiment qu'elle pouvait créer à la longue, j'ai poursuivi la lecture pour me rendre compte qu'effectivement, le procédé de Michel Butor pouvait être efficace. 

Petit à petit, je me sentais de plus en plus installé dans le compartiment de ce train qui va de Paris à Rome où le narrateur, vous, doit rejoindre Cécile, sa maîtresse. Ses observations, les passagers et les objets, prennent une dimension très concrète et ses pensées deviennent finalement les vôtres. Du fait de l'âge du récit, s'ajoute le plaisir de découvrir des choses qui n'existent plus de nos jours grâce aux nombreux détails que donne l'écrivain.

C'est aussi le témoignage d'une époque révolue où la morale et les préoccupations qu'elle engendre sont radicalement différentes des nôtres. Le personnage principal imagine des stratagèmes afin d'éveiller le moins de soupçons possibles en présence de Cécile, sa maîtresse. Ses pensées vont aussi à sa femme, Henriette, et les enfants qu'ils ont ensemble.

Parallèlement, j'ai souhaité en savoir plus sur ce que le quatrième de couverture décrit comme "le plus lu des ouvrages du Nouveau Roman". Ainsi, La modification s'inscrit dans un mouvement littéraire, celui du Nouveau Roman. Wikipédia me permet d'apprendre que "le nouveau roman se veut un art conscient de lui-même" et "l'intrigue passe au second plan, les personnages deviennent subsidiaires, inutiles".

Je ne sais pas si l'on peut affirmer que l'intrigue passe au second plan dans le livre de Michel Butor. Au début, le narrateur est décidé à quitter sa femme, Henriette et à annoncer à Cécile qu'il lui a trouvé une situation à Paris. Au fil des pages, sa certitude se fissure. Ainsi, au milieu des descriptions, on peut considérer qu'il y a une intrigue. En effet, il s'agit de savoir si oui ou non, celui qui écrit va aller au bout de sa décision initiale.

Peu à peu, au gré des souvenirs, le doute s'installe sans que cela n'étonnera le lecteur. Il y a le poids des considérations morales de l'époque bien sûr et surtout, le personnage qui n'a rien d'un original. C'est un conformiste installé dans une aisance "petit bourgeois", une aisance qui dans le fond ne lui déplait pas.

Par conséquent, et le titre le laisse entendre, l'homme retournera vivre auprès de son épouse et de ses enfants. Le personnage auquel Butor essaie d'identifier le lecteur par ce vous omniprésent n'a en réalité pas grand chose de sympathique. C'est un lâche jusqu'au bout.

L'édition que j'ai lue est la première, celle de 1957 aux Éditions de minuit. Le roman est suivi d'un texte de Michel Leiris, Le réalisme mythologique de Michel Butor. Assez intéressant, il met en avant les figures et les symboles mythologiques employés par l'auteur, des éléments que je n'avais pas tous remarqués.

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