Accéder au contenu principal

Gravé dans le sable (2014) - Michel Bussi

"6 juin 1944, Omaha Beach, la Pointe-Guillaume

La péniche ouvrit son ventre. Les cent quatre-vingt-huit rangers plongèrent dans l'eau froide puis se dispersèrent rapidement. Vus du haut de la Pointe-Guillaume, ils n'étaient guère plus grands que des fourmis sur une nappe froissée.
Difficiles à viser.
Lucky Marry parvint le premier sur la plage, à peine essoufflé. Il s'allongea dans le sable humide, protégé par un petit bloc de granit et la lourde caisse d'explosifs qu'il posa devant lui. Il entendit des bruits de pas rapides dans son dos et un souffle court. Ralph Finn se jeta lui aussi derrière l'abri de fortune.
Vivant !
Il regarda un instant la Pointe-Guillaume, tout en haut dans la brume, puis le mur de béton, cinquante mètres devant eux. Il sourit à Lucky, un sourire de brave type pris dans la tourmente du monde, et pourtant prêt à se comporter en héros anonyme.
Une explosion retentit à moins de dix mètres d'eux. Sans un cri. Des nuages de sable mouillé s'élevèrent. Alan Woe surgit du brouillard et s'allongea à côté de Lucky et Ralph.
Vivant lui aussi !
Son regard s'enfonça dans celui de Lucky. Un regard calme, empreint de sagesse. Un supplément d'humanité. A quoi cela lui servait, ici ?

- Un ! hurla le lieutenant Dean.
Immédiatement, comme des machines bien entraînées, Lucky, Ralph, Alan pointèrent leurs armes en direction de la Pointe-Guillaume et tirèrent. La mitraille devint assourdissante. Une pluie de balles s'abattit sur le blockhaus juché au sommet du piton rocheux. Tout en visant, Lucky se forçait à penser à Alice. Il s'en sortirait, grâce à elle, comme toujours.
Un hurlement déchira le vacarme des détonations. Le malheureux Benjamin Yves n'était pas allé loin." 

Curieux et surprenant roman que ce Gravé dans le sable, le premier écrit par Michel Bussi et paru une première fois sous le titre Omaha crimes. Débutant le jour du débarquement au sein de la violence des combats de ce 6 juin 1944, ce n'est pourtant pas un récit de guerre puisque très rapidement l'intrigue se développera une vingtaine d'années plus tard en Normandie mais aussi à Washington où Alice, l'ancienne fiancée d'un soldat américain mort au front, apprend qu'elle aurait dû toucher un pactole en raison d'un "contrat" passé entre son fiancé et un autre vétéran avant les affrontements. Alice décide alors de se lancer dans une enquête où elle va croiser d'anciens soldats, un détective privé, une sénatrice autoritaire, un tueur, et tout cela dans une histoire assez singulière de par sa construction et qui témoigne de l'intelligence de son auteur.

L'une des forces de l'écriture de Michel Bussi est d'alterner les points de vue en fonction des personnes en présence et de ce qu'ils vivent. Cette façon d'écrire rend le récit intéressant, vivant, et d'autant plus que les personnages sont assez originaux, à l'image de ce coiffeur tueur à gage qu'une sénatrice américaine conservatrice embauche dans une séquence qui apparait comme un malentendu.

Il y a ainsi beaucoup d'ironie dans tout ce que narre Michel Bussi, ce qui m'a valu plusieurs fous rires. L'ironie semble être également de mise dans l'enchaînement des situations, des plages du débarquement jusqu'aux États-Unis des années soixante et la Normandie des soixante-dix... où tout est constamment et intimement lié par un destin qui semble se jouer des protagonistes. Et pourtant, malgré cette ironie, l'auteur est régulièrement capable de saisir le lecteur par des moments d'une forte intensité dramatique.

Ce qui se joue en 1944 à partir d'un simple tirage au sort et qui touche plusieurs personnes, plusieurs familles, en France comme aux Etats-Unis, aura des répercussions jusqu'au début des années quatre-vingt-dix. Au sein de la grande histoire s'en jouent des petites qui font finalement la grande et réciproquement.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Vertige (2011) - Franck Thilliez

J'ai découvert Franck Thilliez  il y a quelques années avec La chambre des morts , polar que j'avais apprécié lire. Plus tard, j'ai lu Train d'enfer pour ange rouge , thriller plutôt bien construit qui plonge le lecteur dans un univers qui se montre de plus en plus effrayant. J'ai achevé la lecture de  Vertige  récemment, son avant dernier livre qui me fait dire que l'auteur s'est amélioré entre ses premières œuvres et celle-ci ; Avec toujours ce goût pour les descriptions de scènes et situations morbides. Jonathan Touvier se réveille au fond d'une grotte glacée. Il est attaché au poignet par une chaîne qui restreint considérablement son champs de déplacement. Il y a son chien aussi, endormi et qui ne tardera pas à sortir du sommeil dans lequel il a été plongé. Deux autres hommes aussi se réveillent dans le même lieu : Farid, qui lui est enchaîné à la cheville et Michel, libre de ses mouvements mais qui a un masque de fer fixé autour de la tête. P...

Malevil (1981) - Christian de Chalonge

Dans mon enfance, il y a quelques films qui m'ont marqué mais pour chacun d'entre eux ne me restait qu'une image : un être amphibie nageant au fond d'un lac ( The creature from the black lagoon ), une femme habillée en cow-boy face à des hommes menaçants ( Johnny Guitar ), un homme qui retire un masque pour révéler un visage de femme qui rit en regardant des voitures s'éloigner de son manoir ( Murder by death ), une communauté vivant dans les catacombes de Paris ( Les gaspards )  et enfin un décor apocalyptique où tentent de survivre une poignée de personnes ( Malevil ). Ces long-métrages étant loin de bénéficier d'une diffusion télé annuelle, les occasions de les revoir furent nulles et leur souvenir se perdit dans les tréfonds de ma mémoire pour se résumer à ces quelques images. Pourquoi ceux-là ? Leur originalité propre a dû marquer mon imaginaire. Avec l'apparition du dvd et constatant la sortie de titres rares et oubliés, ces films remontèrent à la...

Seven (1995) - David Fincher

  Cet article contient des spoilers à propos de la fin de Se7en .  J'ai eu l'occasion et donc l'envie de revoir Se7en , le chef d'oeuvre de David Fincher sorti en France au début de l'année 1996. Coïncidence, Brad Pitt qui y incarne le jeune flic David Mills est récemment revenu sur les conditions de sa participation au film. Dans Entertainment Weekly , il a déclaré: " J'ai dit au studio que je ne tournerai le film que si la tête était dans la boite. C'était contractuel. Il doit abattre le tueur à la fin. Il ne doit pas faire le bon choix, il réagit de manière passionnelle". A la place, et toujours selon ses propos, les producteurs lui auraient fait cette proposition: " Ce serait plus héroïque s'il ne tuait pas John Doe... Et la tête dans la boite, c'est troublant, peut-être que si c'était la tête du chien... ". Il est de ces films, quand on les regarde, quand le générique de fin commence, on sait qu'on a vu...